C'est qui ça ?

La grande maison

Indian style

Jeudi 13 août 2009

Il y a en Inde une hiérarchie très présente, implicite, mais très respectée.

 

  • Les hommes sont supérieurs aux femmes. Un homme qui aura mangé va laisser son assiette sur la table, sans toucher à quoi que ce soit. C’est la femme qui débarrasse. S’il n’y a pas assez de place autour de la table, on fait manger les hommes avant les femmes.
  • Les vieux sont supérieurs aux jeunes. Il y a un respect des anciens que certains oublient en France.
  • Les femmes âgées dominent les plus jeunes. C’est BelleMaman qui fait la pluie et le beau temps dans sa cuisine. Les belles sœurs suivent ses ordres.
  • Les adultes sont supérieurs aux enfants. N’importe quel adulte peut engueuler n’importe quel enfant, et personne n’y trouve rien à dire. En France, si vous vous amusez à gronder un gamin qui n’est pas le votre, les parents vous tombent dessus à bras raccourcis.
  • La famille l’emporte sur les autres. Un cousin qui vient en visite dans la maison aura le droit de rentrer dans le salon. Un étranger à la famille, même un ami proche, va rester sur le banc sous l’auvent. Si un cousin se pointe en même temps qu’un ami, l’ami va attendre que le cousin s’en aille pour que l’on s’occupe de lui. Et tout le monde trouve cela tout à fait normal, c’est comme ça que ça fonctionne. En France, vous présentez l’ami à la famille et tout le monde boit l’apéro ensemble.
  • Si un ami se pointe avec sa femme, Madame aura le droit de se poser sur le canapé du salon avec les femmes de la famille, tandis que Monsieur et les hommes resteront sous l’auvent.

 

Et moi dans tout ça ? Moi qui suis de la famille, mais qui suis une étrangère ? Et bien moi on me considère comme un homme. Lors des repas, je mangeais avec les hommes…mais on me laissait débarrasser la table ! Par contre, hors de question de participer à la création du repas (remarquez, valait mieux !), et BelleMaman me jetait hors de sa cuisine dès que je faisais mine de faire la vaisselle.

Statut ambigu, mal défini. Je ne collais à aucun critère déterminé. Je ne rentrais dans aucune case. Je me rends compte maintenant, que ça ne doit pas être facile pour BelleMaman de trouver un fonctionnement qui colle et avec ses habitudes, et avec moi. Alors, l’une comme l’autre, nous bricolons. Et cahin-caha, ça roule. Mais somme toute, c’est comme ça dans toute les familles.

Par BBK.mel
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Mardi 11 août 2009

Ce n’est pas parce que j’étais loin, que je n’ai pas pensé à vous. Quelques images pour vous…

 

Les transports routiers valent le détour, n’est-ce pas Alain ?

 

De la bière dans des seaux à Champagne, on aura tout vu. Voilà qui devrait convenir à Fantômette et Armand.

 

Des petites choses à grignoter pour Vincent, en tapant sur son clavier.

 

Ken et Barbie version indienne, ça c’est pour Pivoibulle.

 

Vous avez demandé la Police ? Voilà le fourgon, Gabian et Jayos. J’ai ragé de ne pas avoir l’appareil photo enclenché lors de mes déplacements à Pondi et Mysore, il y avait de sacrés clichés à faire, comme le policier à la douane qui dort, affalé sur la table, et celui qui fait un contrôle routier le journal à la main et qui se replonge dedans dès les papiers du véhicule vérifiés.

 

Un petit paysage idyllique pour ceux qui bossent…

 

Et quelques pensées pour Le Cpe

 





Et quelques bestioles pour Ilia, Jean, Pauline et la puce.

 







Dans les arbres, ce sont des chauves-souris géantes. A la vue des bestiaux, elles doivent faire près d’un mètre d’envergure !

Par BBK.mel
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Lundi 10 août 2009

Tous les ans, à la même période, BeauPapa fait venir une sorte de prêtre pour purifier la maison. Le rite est sérieux, mais très honnêtement, on a du mal à ne pas en rire. Le bonhomme qui s’en occupe m’a toujours fait penser à un arnaqueur. Mais bon, le fait de ne pas être croyante du tout n’aide pas à ma conviction. Purification en trois leçons.

 

 

Fiston s’était occupé de l’intérieur, le père s’occupe de l’extérieur ; c'est du sérieux, là. Il faut de l'expérience, on ne peut pas laisser les jeunes faire ! Première étape, il faut construire un socle fait de bambous entrecroisés, mêlés de bout de feuilles de bananier.

 

Et hop, c’est reparti pour la litanie au son de cloche !

 

 


Mais, il faut en rajouter par rapport à ce qui s’est fait auparavant. Là, le prêtre donne de sa personne. Il commence par remplir un saladier d’eau, puis pose des croisillons de feuilles de bananier.

 

Puis on rajoute des fleurs et des bouts de phosphore, histoire de mettre le feu à tout ça.

 

On rajoute du curcuma dans la mixture, pour la couleur, ainsi que quelques fleurs. Un petit coup de whisky pour se donner du courage…

 

Et avec des mimiques éloquentes et un vieux couteau, on fait semblant de se faire une entaille dans la main, et on la plonge dans l’infâme mixture…

 

Et hop, voilà le topo ! Il n'y aura plus ensuite qu'à vider le saladier sur le socle en bambou, tout en psalmodiant à qui peut mieux, et le tour est joué.

Le prêtre partira en titubant un peu (le whisky était bon et largement servi, c’est l’HommeDesBois qui s’est occupé des dosages !), lesté de quelques centaines de roupies, et BeauPapa aura purifié sa maison jusqu’à l’année d’après.

Si le boulot vous tente, sachez que le monsieur n’est pas Brahmane (les seuls qui normalement sont habilités pour ce genre de boulot) et qu’il est extrêmement demandé. Il y a du taf à prendre, là !

Par BBK.mel
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Dimanche 9 août 2009

Tous les ans, à la même période, BeauPapa fait venir une sorte de prêtre pour purifier la maison. Le rite est sérieux, mais très honnêtement, on a du mal à ne pas en rire. Le bonhomme qui s’en occupe m’a toujours fait penser à un arnaqueur. Mais bon, le fait de ne pas être croyante du tout n’aide pas à ma conviction. Purification en trois leçons.

 

 

Après avoir psalmodié pendant pas mal de temps, l’officiant commence à monter sur le kolam un petit bucher.

Et allons y gaiement, on y met le feu…

 


Et histoire d’en rajouter, on met du ghee (beurre clarifié très utilisé en cuisine indienne). L’avantage, c’est que ça brule encore plus et que ça fait beaucoup de fumée.

 

 

Et pour l’odeur, on rajoute des bouts de noix de coco, trempés préalablement dans le ghee. Fumée garantie dans toute la maison, et occupants réfugiés à l'extérieur, histoire de ne pas puer le barbecue. Mais à l'extérieur, autre chose nous attend...

Par BBK.mel
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Samedi 8 août 2009
Tous les ans, à la même période, BeauPapa fait venir une sorte de prêtre pour purifier la maison. Le rite est sérieux, mais très honnêtement, on a du mal à ne pas en rire. Le bonhomme qui s’en occupe m’a toujours fait penser à un arnaqueur. Mais bon, le fait de ne pas être croyante du tout n’aide pas à ma conviction. Purification en trois leçons.

  • Leçon numéro 1 : la préparation du terrain.

 

Première étape de la purification, il faut réunir quelques ingrédients spécifiques, représentatifs de la vie quotidienne.

De la noix de coco

 

Du riz

 

Des fleurs

 

Une sorte de kolam dessiné au sable, sur une plaque en céramique.

 

Une cloche

 

Et voilà ce que l’on fait de tout ça…

 

 

Par BBK.mel
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Vendredi 7 août 2009
Je suis contente de rentrer !

Après un voyage tranquille (enfin, presque, je vous raconterai), j'ai retrouvé mon appart, mes affaires, ma connexion ADSL ! Dingue, j'ai réussi à afficher les photos du blog de Fantômette en moins d'une seconde (alors qu'il me fallait un quart d'heure en Inde), et j'ai même pu mettre des coms sur le blog de V., ce que je n'arrivais plus à faire ou alors avec beaucoup de difficultés ! 

J'ai ouvert les valises : ça sent le moisi (mousson oblige), et les feuilles de curry (approvisionnement direct oblige). Il va falloir tout laver, y compris ce qui est propre. 

De mon côté, je sens le curry. Mon corps sent le curry, j'exhude du curry. Un mois de repas indiens laissent des traces, et pas que du gras sur les hanches ! 

A cette heure ci, les enfants de ma belle-soeur sont à l'école : ils ont du avoir du mal à se lever hier, pendant que nous étions dans l'avion. Ils s'étaient couchés tard pour pouvoir jouer avec les Schtroumpfs jusqu'au dernier moment, et les deux grands (10 et 12 ans) s'étaient levés à une heure du mat pour attendre avec nous le chauffeur qui nous amenait à l'aéroport.

C'est marrant comme la communication s'est faite entre les enfants, alors qu'ils ne parlent pas la même langue : les miens se sont mis au malayalam et à l'anglais, les indiens ont tenté le français. Avec eux, je n'avais pas de scrupules à parler mon anglais petit nègre, ils ne jugeaient pas et cherchaient à me comprendre ! Ils vont me manquer, tous !

Je suis triste d'être partie ! 
Par BBK.mel
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Mercredi 5 août 2009
Ça y est ! Dernier article avant le départ pour la France. Je profite encore des quelques instants sur le balcon du premier, confortablement installée dans un fauteuil, l'ordinateur posé devant moi sur la table basse, les clopes à côté de la souris, juste sous le linge qui sèche et que l'on met à l'abri de la mousson.

En face de moi, il y a la mer de cocotiers qui a occupé mon regard pendant les longues après midis de glandouille à Mahé. Nous avons récupéré les derniers articles qui nous manquaient avant de repartir vers l'héxagone : un pantalon que j'ai fait refaire, quelques feuilles de curry (et oui, le curry est un mélange d'épices mais c'est aussi une plante avec une odeur inimitable) qu'il va falloir enlever des branches pour qu'elles rentrent dans la valise.

L'ordinateur va être débranché, les fils remis dans la trousse, il va être coincé entre deux vêtements dans la valise. Je vais certainement embarquer quelques fourmis minuscules qui passent d'une touche à l'autre sur mon clavier. Parlons en des valises : nous sommes venus avec beaucoup d'objets à donner à tous les gens sur place. On peut supposer que nous aurions de la place au retour, mais c'est sans compter les nombreux achats faits ici : tentures, vêtements, bijoux fantaisie.

A deux heures du matin, Souraj, notre chauffeur attitré pour toutes nos escapades vient nous chercher. Direction l'aéroport de Calicut. Envol pour Doha, puis Paris. Arrivée à 21h à Paris, quelque chose comme minuit passé en Inde. On se retrouve donc vendredi, si j'émerge à temps d'un sommeil récupérateur !

Par BBK.mel
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Mardi 4 août 2009

Ah, ces profs, même en vacances, il faut qu’ils pensent boulot. Mari de BelleSoeur est prof, je crois vous l’avoir dit. D’ailleurs, dans la famille, il y a beaucoup d’enseignants : on ne compte plus les cousins profs d’anglais, il y en a trop ! Du coup, sachant qu’une française était dans le coin, le collègue prof de français de Mari de BelleSoeur a arrangé une rencontre avec ses élèves. Il aurait pu profiter de la présence de l’HommeDesBois ou de ses frères, mais il préférait une vraie française (traduction, une blanche), c’est plus réaliste.

 

Me voilà donc dans la classe de Mari de BelleSoeur à attendre le prof de français. C’est la récréation, et par la porte ouverte, comme nous sommes au rez-de-chaussée, les élèves jettent un œil sur la « fromage blanc » qui est là. L’air de rien, ils passent, me voient, lancent un sourire, et vont appeler leurs potes pour qu’ils viennent eux aussi mater le phénomène. Je crois que je n’aurais pas fait plus d’effet si j’avais été la femme à barbe ou Pamela Anderson. Les plus hardis me lançaient des « good morning » et faisaient des petits saluts de la main. Les plus timides, souvent les filles, se contentaient d’un demi-sourire derrière leurs cahiers. Ils auraient aussi bien pu me lancer des cacahuètes !

 

La fin de la récré sonne. Mari de BelleSoeur et le prof de français nous accompagnent l’HommeDesBois et moi dans la salle de conférence (ils appellent ça la salle multimédia, puisqu’il y a un ordi et un vidéoprojecteur). Tout le monde se déchausse, élèves, profs et intervenants. On nous installe sur deux chaises, face au public. Et nous voilà partis pour une heure de questions/réponses avec l’éternelle chanson au bout. Ils ont préparé ma venue : ils posent des questions travaillées, recherchées…et pas forcément simples à répondre. Quoi qu’il en soit, je suis restée épatée par leur connaissance de la langue au bout de seulement deux ans d’apprentissage.

 

Je me suis demandée (et je leur ai demandé) pourquoi apprendre le français. Leur formation se fait en anglais, ce qui parait logique. Ils parlent tous malayalam de naissance. Mais pourquoi le français ? Le hindi qui est la langue nationale semble plus indiqué. Mais l’explication est simple : ils choisissent français parce qu’ils ont tous une vision internationale de leur avenir et que les grandes écoles de commerce comme celles d’ingénieurs leur demande un anglais courant, plus une seconde langue internationale et c’est le français qui prime. Cocorico. Et puis, la France est aussi pour eux le pays des droits de l’homme, et de la Révolution. C’est marrant d’entendre parler de la Révolution dans un pays qui a subi la colonisation.

 

A la fin de l’intervention, je me suis dit que finalement, les élèves en Inde comme en France n’étaient pas si différents que ça ! A part peut-être la tenue…

 


Par BBK.mel
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Lundi 3 août 2009

Il y a une bonne ambiance dans le bus ce jour là. Forcément, c’est une sortie scolaire ! Profs et élèves sont joyeux, c’est toujours un évènement lorsqu’on sort du lycée pour aller se balader. Le bus est parti de Mahé au Kerala tôt le matin. Après avoir passé la montagne avec ses paysages somptueux, contourné les champs de thé, grimpé à l’assaut d’un des cols des Ghats de l’Ouest, payé son obole à la frontière, le bus est au Karnataka. Tout est différent ici : la langue, l’écriture, la loi, l’ambiance, le contact des gens…

 

Le bus est d’abord allé dans le pays du Sultan Tippu. Tippu était le deuxième sultan de Mysore, le pendant musulman du Sultan de Mysore, hindou celui là. Tippu a vécu au XVIIIème siècle : comme son opposant hindou s’était allié avec les anglais, il s’est lui acoquiné avec les français. Et chacun a reproduit en Inde la guerre qui opposait leurs alliés respectifs en Europe. Les élèves et les profs malayâlis (du Kerala) ont pu admirer le palais d’été de Tippu, bâtiment totalement recouvert de peintures et de fresques, à un point que cela devient totalement kitch. Du Palais de tous les jours à Srirangapatna, il ne reste plus que des ruines. Mais ils ont pu voir les fosses où Tippu enfermait les officiers anglais, les attachait en sous sol…puis remplissait la fosse d’eau jusqu’à les noyer. Et tout cela restait invisible de l’extérieur : une mort en catimini, en quelque sorte. Juste à côté, se dresse encore la magnifique mosquée du Sultan, chef d’œuvre de broderies de marbre et de pierres, quelque peu dénaturée par les haut-parleurs rajoutés pour que le muezzin puisse faire entendre sa voix cinq fois par jour.

 

Encore remplis de leurs visions du matin, les visiteurs reprennent le bus, direction Somnathpur, temple achevé au XIIIème siècle et dédié à Vishnou. Les lieux ne sont pas très éloignés l’un de l’autre, peut être une quinzaine de kilomètres. Il faut traverser des zones immenses, peu peuplées, uniquement des zones agricoles. Il y a là beaucoup de cultures maraichères. Au milieu des champs, on trouve quelques petits villages, juste posés là pour dire que la région n’est pas à l’abandon. Le bus roule comme tous les bus, comme un taré. Il évite les nids de poule, la route est particulièrement mauvaise. Il slalome entre les dingos, ces sortes de chiens que l’on retrouve en grande quantité dans les zones rurales. Et puis surtout, il évite les vaches. Les vaches sont sacrées, en Inde. Et surtout au Karnataka.

 

Le chauffeur du bus use et abuse de l’avertisseur sonore (autrement dit, klaxon). Il se dépêche, il faut atteindre Somnathpur rapidement, si l’on ne veut pas rentrer à minuit à Mahe. Il contourne une charrette tirée par deux vaches, se rabat brutalement. Malgré le bruit du moteur, il entend le paysan sur la charrette hurler. Le bus stoppe, le chauffeur, puis les profs descendent. Le paysan hurle des imprécations ; le bus s’est rabattu un peu trop vite et a heurté les vaches. Et la vache est tellement sacrée, qu’on ne peut la toucher.

 

Les malayâlis cherchent à discuter : les vaches n’ont rien. Le paysan hurle toujours dans une langue que personne ne comprend. Ici, on parle kannada. Dans le bus, tout le monde parle malayalam. Pas la même langue, pas la même écriture. Rien en commun. A demi-mots, à force de geste, ils expliquent au gars que les animaux se portent bien. Et puis, il aura beau hurler, il est tout seul à gueuler, et ils sont vingt cinq ou trente dans le bus. Et puis, pas des gamins, des adultes ou presque adultes, des profs et de grands ados de lycée. Même pas peur.

 

L’homme semble parler de dédommagement conséquent : les vaches, c’est sacré, on vous dit ! Les autres se gaussent ! Payer ? Il rêve ! Ils haussent les épaules, et commencent à remonter dans le bus. Le chauffeur a mis en route le moteur. Il embraye et s’arrête. En face de lui, une charrette vient d’arriver, bloquant la route. Dedans, une trentaine d’hommes, armés de machettes, de pics, de couteaux, de tous les outils dont on peut se servir dans l’agriculture. Ils sont visiblement furieux, et ont apparemment envie d’en découdre. Le chauffeur jette un coup d’œil vers l’arrière, vers une possible voie de fuite. Il blêmit : une charrette, identique celle qui vient d’arriver, chargée pareillement d’hommes armés, bloque toute retraite. Impossible de fuir.

 

D’une supériorité flagrante, les malayâlis se retrouvent en mauvaise posture et en totale infériorité numérique. Il n’est plus temps d’argumenter ; les nouveaux arrivants n’en sont plus à la discussion. Profs et élèves se parquent dans le bus, ferment les fenêtres tandis que le chauffeur bloque la porte, se constituant un abri qui semble soudainement bien précaire, carcasse de métal dérisoire face à la furie des paysans. Les insultes redoublent, les cris. Et soudain, l’un balance sa machette contre le bus. Bang. La tôle se fend. Poussée d’adrénaline, la cinquantaine de gars armés se lance à l’assaut du bus, poussant, tapant, secouant, cognant. Le métal gémit, fendu de toute part. Plus personne ne bronche dans le bus : seul le claquement des dents qui s’entrechoquent fait le pendant des coups de machettes dans les flancs de l'autocar.

 

Sur la route, les voitures passent, les occupants fermant précipitamment leurs fenêtres, évitant le groupe et partant au plus vite. La fureur des kannadas ne s’atténue pas. Un bus arrive et se retrouve bloqué par les paysans, qui occupent maintenant toute la route. Les malayalis tendent le cou vers le bus : peut-être que les occupants vont venir à leur secours. Mais personne ne sort, chacun étant bien trop content de ne pas être l’objet de la colère des paysans. Personne ? Un vieillard descend…
 

Il est tout ridé, chenu ; un vieux. Il relève son dhoti et l’attache devant lui. Il embrasse la scène d’un coup d’œil. Plus personne ne respire dans un bus comme dans l’autre. Les attaquants ne l’ont pas vu, ils continuent leurs imprécations et leurs coups. Soudain, une voix s’élève et couvre les hurlements. C’est le vieillard qui a parlé. Comment un si petit corps peut-il faire autant d’effet. Aussi soudainement qu’il est intervenu, les hommes s’arrêtent. Chacun baisse la tête. Le premier paysan, celui sur la charrette bousculée, plaide sa cause. Les malayâlis ne comprennent pas ce qu’il dit, mais les gestes sont éloquents : il montre le bus, la vache, fait des signes. Le papy écoute, sans qu’une seule expression de son visage ne traduise la moindre pensée.

 

Il n’a dit que quelques mots. Juste un geste de la main. Les hommes ont repris leurs armes, leurs charrettes, leurs vaches et sont repartis. Un autre geste, il a fait signe au bus malayâli de partir. Le chauffeur n’a pas demandé son reste ; la première embrayée, il est parti comme s’il avait le diable à ses trousses. Qui était ce vieux qui a réglé la situation ? Un sage, un chef de clan ? Et que leur a-t-il dit qui puisse calmer leur colère comme cela ? Personne n’a jamais su. Mais le temple de Somnathpur n’a jamais reçu autant d’offrandes et Vishnou autant de prières !

 

Cette anecdote est totalement vraie, vécue par Mari de BelleSoeur (un prof, encore un !), et racontée alors que nous parcourions le chemin entre le palais de Tippu et le temple de Somnathpur. Curieusement, notre ami et chauffeur a particulièrement fait attention aux animaux qui croisaient sans cesse notre route. Quand on vous dit qu’elles sont sacrées, les vaches !

 

* Guerre et Paix, en russe dans le texte.

Par BBK.mel
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Dimanche 2 août 2009

Je ne vous ai pas abandonnés, je suis partie quelques jours marathon à Mysore. Autant vous dire tout de suite, j’ai adoré cette ville. En deux jours, nous avons visité des tonnes de trucs. Je vous épargnerai le compte rendu détaillé de toutes les visites, ça fait un peu trop soirée diapos, chose que je déteste. Mais juste quelques petites choses…

 

Tout d’abord, Mysore c’est génial pour plein de détails. Le premier est qu’il faisait bon. Et ce pour la simple raison que Mysore est loin de la mer, dans les terres. Il y fait donc plus froid qu’à Mahé ou Pondi. Enfin, tout est relatif, au lieu de 30° à Mahé et 35° à Pondi, il n’y avait que 26°. Température idéale. Sauf qu’après les coups de chaleur précités, j’avais froid à Mysore. J’ai même ressorti mon gilet ! Dingue ça.

L’autre chose qui me plait bien à Mysore, c’est que c’est une ville. Je suis une fleur de bitume, moi, il me faut de l’animation, du monde, du bruit. Mahé c’est trop petit. C’est un gros bourg à l’échelle de l’Inde. Quant à Pondi, il y a le même nombre d’habitants qu’à Mysore (un peu moins de 800 000), mais curieusement, on croirait à une petite ville de province. Mysore, au moins, c’est une ville, une vraie.

L’avantage de la ville, c’est que l’on a l’embarras du choix quant au logement. Il y a pléthore d’hôtels, guest houses. Et l’HommeDesBois, qui cherche toujours les bonnes choses, nous a dégotté un logement au petits oignons. Un hôtel à deux pas du Mysore Palace, qui est entre nous soit dit l’attraction principale et princière du coin, sympa, animé, et surtout avec de vrais lits.

Ah oui, c’est vrai, je ne vous ai pas parlé des lits en Inde. En fait, si vous connaissez les futons japonais, vous voyez à peu près ce que sont les lits en Inde : une planche de bois avec un matelas pas très épais et surtout très dur dessus. Pas l’habitude de ce genre de truc. En règle générale, je commence tout juste à m’habituer à ce type de couchage au moment où l’on s’en va. Les hôtels, sauf ceux qui reçoivent uniquement de la clientèle européenne, ont les lits indiens classiques. Et là, ô joie, ô bonheur, il y avait des lits européens, du genre moelleux. Je me suis liquéfiée là dedans, un régal !

Enfin, dernière chose qui me plait à Mysore, c’est qu’il n’y a pas de moustiques et pas de fourmis. Et oui, vous avez bien lu, aucune des bébêtes qui pourrissent mon groove habituellement ! Trop frais, trop ville, trop je ne sais pas quoi pour ces bestioles ! Le pied !

Bref, pas de bébêtes, de l’animation dans les rues tard le soir, du monde, plein de magasins, plein de choses à voir, un brin d’anonymat (vous n’imaginez pas comme c’est fatigant d’être toujours la seule blanche partout où l’on va. Là au moins, il y avait des européens en nombre suffisant pour que je ne sois pas l’attraction locale !), une température clémente qui fait que l’on ne passe pas son temps à s’éponger… Deux jours de bonheur !

 

Bon, il y a quand même deux ou trois choses qui pondèrent l’enthousiasme de départ. Les tarifs spéciaux pour les étrangers, par exemple, font partie des petits détails un peu énervants. Pour entrer dans un musée ou faire une visite d’un monument, un indien va payer 5 roupies là où un étranger payera 2 US dollars, autrement dit 100 roupies. Certes, les étrangers ont souvent plus d’argent que les locaux. Mais le repérage se fait au faciès : trop blanche pour être indienne, c’est une étrangère.

L’autre truc qui gâche le souvenir, ce sont les vendeurs ambulants. Il y en a partout, qui vendent de tout. Mais ceux qui vendent des souvenirs, des merdouilles comme des flutes en bambou, des éventails en bois qu’ils disent être en santal, des petites loupiotes à faire tourner pour faire joli etc., ceux là sont particulièrement casse-pieds. Ils vous suivent à la trace, vous collent leurs produits dans les bras, refusent de lâcher le morceau même lorsque vous leur avez dit « non » dans toutes les langues que vous connaissez !

Il y en a même un, un gamin de 15 ou 16 ans qui vendait des éventails au Mysore Palace, qui me gonflait tellement à me dire « one fifty, Madame, it’s cheap », que j’ai fini par me retourner et lui dire avec un grand sourire qu’il pouvait raconter ce qu’il voulait, je ne comprenais pas l’anglais et que de toute manière je n’en voulais pas de ses éventails. Pas de rate, il m’a rendu mon sourire et a continué « cent cinquante madame, pas cher ». Et je vous jure qu’il ne savait pas ce qu’il disait, il ne parlait pas français, il parlait au son, uniquement au son. Je lui aurais parlé en allemand, il m’aurait répondu en allemand ou en hollandais, c’est sûr ! Ca aurait presque mérité que je lui achète son p*** d’éventail !

Soyons positifs, ce genre de harcèlement a un avantage : ça fait des cadeaux pas chers aux gamins qui en redemandent tant et plus !

Par BBK.mel
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