Dans la même rue, il y a deux lycées : un lycée normal (entendez par là, un lycée
d’enseignement général), et un lycée professionnel, celui où je travaille. Cela doit faire quelque chose comme 1500 ou 1600 élèves qui passent sur 500 mètres de trottoir matin et soir et à toutes
les heures. Une masse compacte. Une marée de têtes de tout poil. Et pourtant, on ne saurait confondre les jeunes du lycée général avec ceux du lycée professionnel. A priori, ce sont des jeunes
qui s’échelonnent de 15 à 20 ans. A priori, ils ont les mêmes fréquentations (le kébab du coin), les mêmes aspirations (ne pas aller en cours), les mêmes pulsions (« tous les garçons et les
filles de leur âge se baladent dans la rue deux par deux… »). Mais personne, vraiment personne, même la mamie aveugle du bout de la rue, même la ménagère de moins de cinquante ans qui va
faire ses courses au supermarché d’à côté ne saurait confondre les deux populations. Ce qui les différencie ? Le look !! Revue des troupes.
Tout d’abord, les élèves du lycée ne portent pas les mêmes
vêtements. Côté lycée général, ces demoiselles cultivent le look petites filles sages pour certaines, petit jeans bien coupé, petit pull ou chemisier assez soft (un peu Carla Bruni sur les
bords). Peu de couleurs en dehors du marron et du noir. Pour certaines, on ose la jupe droite, mais ça reste rare ! Les manteaux et vestes cintrés ont la préférence, bien ajustés s’il vous
plait. Quelques rebelles tentent un style baba cool réchappé des années 70, et pour les plus osées, le look gothique, chaussures Goldorak à semelle ultra large et boucles à profusion, le tout
avec jeans noir, pull noir et manteau long noir. Pour trancher avec toute cette monochromie, on rajoute quelques têtes de mort et le tour est joué. Ces messieurs commencent à essayer de jouer
dans la cour des grands, donc on sort la veste en velours de Papa, sur un jean droit. Les pulls au crocodile reste une valeur sûre, même si ça fait quand même quelque peu démodé. On va leur
préférer la chemise blanche savamment sortie du pantalon (pour le côté cool), mais boutonnée jusqu’à l’avant dernier bouton (on n’est pas des marseillais, nous, Môssieur !).
Les accessoires ont leur importance. Ces demoiselles vont sortir la petite chaine en or
avec un cœur qui pendouille, tandis que ces messieurs vont négligemment jouer avec une pochette en cuir qui leur sert à porter leurs cours. Certains vont oser le chapeau mou (véridique !)
coquettement posé sur l’œil (Humphrey, nous voilà !).
Côté lycée professionnel, deux styles s’affrontent. Une
minorité va adopter le look tape à l’œil rap clinquant, avec toute la panoplie qui va avec : baggy ultra large que même un berger des Pyrénées peut rentrer dedans en même temps que son
propriétaire, casquette de base-ball avec visière sur le côté (on ne la met plus à l’arrière depuis longtemps, c’est ringard !), les chaines en or extra large avec dollar au bout. Plutôt les
garçons qui sont comme ça. Ceux qui ne peuvent adopter le total look se contenteront d’un ensemble jogging trois bandes de préférence blanc (donc totalement inadapté à toute forme de
sport !), mais s’accrocheront à la casquette. N’oublions pas, bien sûr, le gros diamant carré dans l’oreille, voire dans les deux !
Ces demoiselles sont plus « soft », nous sommes dans un lycée professionnel de
centre ville, n’oublions pas. Donc, hors de question de ressembler à une petite caillera de banlieue ! Nous avons en ce moment la tendance slim (nous, à l’époque, on appelait ça des
pantalons cigarette, vous savez, ceux que l’on devait talquer avant de pouvoir les enfiler !) avec tunique longue par-dessus, tunique ayant un décolleté « jusqu’au
fils »
(faites un signe de croix, vous comprendrez !). On cache alors l’essentiel avec un petit
débardeur ultra court ! Le rose et le blanc domine, mais le noir reste en bonne position malgré tout, suivi de près par le marron. Pour couvrir tout ça, on va adopter le petit blouson
aviateur en cuir ultra court, ultra cintré que même Kate Moss elle ne peut pas enfiler. Et pour les plus frileuses, on restera sur la veste trois quart cintrée, avec grosse ceinture tellement
difficile à enlever qu’elles gardent leur veste toute la journée en cours.
Pour agrémenter le tout, il faut des accessoires. Et là, on se croirait au marché
aux puces. Côté boucles d’oreilles, les grosses créoles versions vaches limousine
restent les préférées, plutôt larges que fines. La grande mode est aussi à ces colliers qui ressemblent à des gros tubes argentés et que l’on tord dans tous les sens, jusqu’à former un gros pâté
autour du cou. A mon grand plaisir, les filles portent de plus en plus de talons. Ne rêvons pas, nous n’atteignons pas encore les 12 centimètres vertigineux de mes chaussures ! Mais, la mode
est aux petits talons pointus de deux ou trois centimètres. De préférence
sous des bottes qui remontent jusqu’aux genoux. Mais, l’accessoire indispensable, le
truc totalement fashion, qu’il faut absolument avoir, c’est le sac ! Version cabas que l’on porte au
bras. On les croise en ville, toutes parfaitement moulées dans leur slim, toutes oscillant sur leurs minis talons, et toutes ayant le même cabas posé sur le bras droit.
Mais la vraie distinction entre élèves de lycée général et lycée pro se fait sur la
coiffure !
Les garçons « pro » adoptent le style
Beckam (les cheveux coiffés au gel vers le haut de façon à former une petite crête), les « général » ont plutôt une version années 60, cheveux trop longs, mèche dans l’œil et décoiffage
savant.
Les filles du « général » préfèrent les cheveux longs nature, attachés au
chouchou ou libres. Mais les filles du « pro », ont THE frange. Celle qui est juste assez longue pour arriver au ras des yeux, juste assez courte pour ne pas se prendre les murs et les
portes au moindre pas. C’est LA frange qui détermine si la demoiselle vaut le coup d’être une chef ou pas. C’est LA frange qui fait de celle qui la porte une leader ou pas. Les pauvres petites
qui ne peuvent pas s’arroger un tel attribut de pouvoir, rabattent alors leurs pauvres mèches au dessus du crâne et les font tenir avec une petite pince (les petites pinces avec les papillons
sont réservées au filles de troisième !).
Allez, au prochain cours, je fais une étude sur le port des montres en strass et le
maquillage de ces demoiselles !