C'est qui ça ?

La grande maison

au fil des jours

Samedi 31 octobre 2009

 

Je n'ai rien à raconter. Non, rien de rien, non, je n'ai rien à raconter. Il ne se passe rien. Famille en visite, balades, glandouille devant une bonne bouffe ou bien visites de châteaux. Je ne vais pas vous raconter la super soupe au potiron que j'ai faite hier, ni ma brioche de folie, quel intérêt.

Donc, je vous retrouverai lorsque j'aurais des choses drôles, sympathiques, émouvantes à raconter.

Ah, si, une de mes amies d'enfance m'a reparlé de ce que nous écoutions lorsque nous avions 15 ans. Ca m'a rappelé de bons souvenirs. (Armand, pas la peine d'écouter, tu ne vas pas aimer !)
 

 

Par BBK.mel
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Vendredi 16 octobre 2009

Petit passage vers la vie scolaire…

- Coucou, j’aurais une petite question…

- Vas-y BBK, qu’est-ce que tu veux ?

- C’est quelqu’un de chez vous qui m’a mis ce papier dans mon casier ?

- La notification d’exclusion de Kévin ? Oui, c’est nous. Pourquoi, tu ne veux pas qu’il soit exclu ?

- Si, si, c’est pas ça le problème. Je lis qu’il a été exclu parce qu’il n’est pas venu faires ses heures de retenue de vendredi et mercredi derniers.

- Oui, en effet.

- Lesquelles retenues étaient mises parce que Kévin est absent sans motif…

- Oui, c’est bien ça.

- Le seul petit détail, c’est que Kévin a démissionné depuis trois semaines.

- … ? Euh, attends, je vais vérifier…

- Je t’en prie.

- Ah oui, il est inscrit comme démissionnaire. Ca veut dire qu’il n’a pas pu faire ses colles.

- Et puis accessoirement, ça veut dire que ses absences ont un motif…

- Ah, ouais, c’est vrai.

 

Put***, faut vraiment faire tout le boulot, ici !

Par BBK.mel
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Jeudi 15 octobre 2009

Il était une fois, un beau projet prévu pour les gamins de 3DP. Le projet n’avait rien d’extraordinaire, il s’agissait juste de faire visiter une entreprise aux gamins. Le genre de projet facile, où tout roule parce qu’il est simple, ça ne réclame pas de financement (l’entreprise d’accueil paye tous les déplacements, organise l’essentiel), qu’il y a eu des dizaines de projets similaires auparavant, qu’on sait comment faire.

Pour ce genre de projet, les profs apportent l’idée, la direction organise avec eux les détails, puis valide. Tout con à faire.

Bon, là, il a fallu trouver les accompagnateurs. Pas simple parce que tous les enseignants avaient cours avec d’autres classes. Mais bon, on finit par trouver, par organiser, par confirmer à l’entreprise. Il n’y a plus qu’à attendre le OK de l’entreprise et hop, roule ma poule, on embarque les gamins en visite.

Sauf que de retour, point. Rien. Que tchi, que dalle. Nada. Pas de confirmation. Les autres classes partent, mais pas les 3DP. Que s’est-il passé ? Premier soupçon, le fax n’a pas été envoyé. Mais si, preuve à l’appui, le fax est bien parti. C’est donc l’entreprise qui n’a pas confirmé ? Ca parait étonnant… La question reste ne suspend, pas le temps de soulever le lièvre, il faut préparer les cours, assurer les heures d’enseignement, faire les élections de délégués de classe, faire les changements de liste, d’emploi du temps, recevoir les nouveaux élèves qui intègrent la classe… Bref, pas le temps de suivre le truc.

 

Puis, vient un autre projet. Du même genre. Avec les mêmes interlocuteurs. Ben oui, la direction, les inspecteurs, l’Educ Nat en général adorent les projets. Et là, le prof consciencieux se dit qu’il n’a pas envie que ça foire comme avec l’autre. Il prend donc les devants. Rendez-vous avec une partie de la direction, rendez-vous avec le chef de travaux, rendez-vous avec l’intendant, avec les secrétaires, avec le chien du proviseur, bref, rendez-vous avec tous ceux qui peuvent faire en sorte que le projet se fasse.

Et notre pôv’ prof se rend compte qu’il est en fait au milieu d’une partie de ping-pong entre les membres de la direction, que son projet n’est que la balle que les adversaires se renvoient, avec tout ce qu’il faut d’effet et de coups bas pour gagner les points. Au fur et à mesure de la partie, le prof commence à exhumer les cadavres : les anciens projets qui n’ont pas abouti parce que les adversaires n’ont pas réussi à s’entendre, parce que chacun a voulu tirer la couverture à lui, parce qu’aucun ne joue franc jeu. Puis au milieu des cadavres, son projet, celui avorté par manque de confirmation de l’entreprise.

 

Il se dit alors, notre pôv’ prof, que ce n’est pas le projet que l’on s’envoie d’un bout à l’autre de la table ; c’est lui. C’est lui que l’on fait rebondir de part et d’autre. Il est la balle, celle qui sert de prétexte à l’affrontement. Situation à la con où l’objectif est de se prendre des coups de raquette dans la tête sans qu’aucune gloire n’en soit tirée, si ce n’est pour celui qui aura assené le coup final.

Quant à la balle, tout le monde s’en fout. Elle finira écrasée dans un coin. Balles neuves ! Et la partie reprend.

Par BBK.mel
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Lundi 12 octobre 2009

Ca faisait longtemps que je n’avais pas entendu parler d’elle. La première fois depuis le début de l’année, c’était lorsque la médiatrice de réussite scolaire cherchait à la joindre pour savoir ce qu’elle devenait, exercice qu’elle faisait avec tous les anciens élèves de l’établissement.

Nous avions alors évoqué les relations qu’entretenait le lycée (et moi en particulier) avec MamanDeCerise. J’avais conclu le papotage en lui demandant de me raconter instamment ce que la donzelle ou la maman aurait raconté dès lors que la MRS aurait réussi à les avoir au téléphone (exploit dont je doutais sérieusement).

 

Puis plus rien. Plus rien jusqu’à ce matin. Rosalie me tombe dessus à la récré, histoire de papoter et fumer notre cigarette ensemble. Et à brûle pourpoint, elle m’annonce que Cerise est enceinte. De 4 mois.

 

C’est marrant, mais ça ne m’a pas étonnée. Enfin si, j’ai juste été étonnée que ça n’arrive pas plus tôt.  Et je me suis dit alors que Toto avait été prémonitoire sur ce coup là !

Par BBK.mel
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Dimanche 11 octobre 2009
Fatiguée

Mal au dos

Mal partout

Commence à avoir la crève

Du mal à faire mes cours à l'avance

Aucune visibilité quant à mes cours des semaines à venir

Travaille au jour le jour

A la bourre sur tout

Oublie les réunions

Oublie de faire des copies des papiers aux collègues

Oublie de payer sa cotisation café

Descends dix cafés par jour

Suis contente lorsque les cours sautent pour une raison ou une autre

Du mal à m'endormir

Beaucoup de mal à me réveiller

Me réveille en ayant l'impression de n'avoir pas dormi

Irascible


Bon sang, on sent que les vacances approchent ! 
Par BBK.mel
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Jeudi 1 octobre 2009

C’est cool le jeudi, je n’ai que trois heures de cours, l’après midi uniquement, du temps pour moi. Pis je bosse avec mes terminales CAP, des gamins adorables. Tu leur dis de travailler, ils travaillent. Tu les laisses pendant quelques minutes pour aller imprimer un papier, ils travaillent, et presque sans bavarder. Des perles. Quand ils n’ont plus rien à faire, tu leur dis d’aller ranger le magasin pédagogique, et ils rangent tout, font le ménage, remettent tout en ordre. Des perles. C’est cool, le jeudi.

 

Bon, évidemment, c’est cool si l’on excepte deux ou trois petits trucs. Des broutilles. Comme les deux heures passées le matin, alors que j’aurais pu être chez moi tranquille, à poireauter devant le bureau de NPA le pro adjoint, pour essayer de régler une histoire d’accompagnateurs pour une sortie des troisièmes. Il veut que l’on fasse des projets, mais surtout, il ne met aucun moyen humain en face. Sauf des profs bénévoles. Ca court pas les rues cette engeance là. Et comme NPA est un homme très demandé, l’attente est longue. Je sais, plus c’est long, plus c’est bon. Mais il y a des limites. Surtout lorsque, enfin débarrassée des collègues qui attendaient avant moi (ils ont capitulé, gniarc, gniarc, gniarc !), voyant la porte du bureau de NPA s’ouvrir sur le précédent rendez-vous je m’apprête à franchir triomphalement le seuil et je me fais griller la priorité par un duo en tenue bleue. Des flics. Bon. La maréchaussée est prioritaire. Je laisse passer. Mais pour cette fois ci, seulement.

Je recommence à attendre. En profite pour aller remettre des sous sur ma carte de cantine. Papoter avec Mme Mission Générale d’Insertion. Aller fumer une clope. Croise les flics en remontant vers le bureau de NPA. Chouette, ça va être mon tour. Ben non. Une élève est arrivée entre temps. Elle avait rendez-vous, pas moi. Elle est prioritaire.

 

C’est cool, le jeudi. Très cool. Sauf lorsque, toujours pour tromper mon attente je papote avec la secrétaire et j’apprends que c’est le dernier jour pour déposer la liste des enseignants pour l’élection au conseil d’administration. Personne n’est au courant. L’info n’a pas filtré. Tous les collègues ne sont pas là. Certains sont en formation, d’autres malades, d’autres chez eux. Impossible de faire une consultation claire et exhaustive. L’info a été affichée par la direction, derrière une porte, dans une pièce de la salle des profs où personne ne va parce qu’il n’y a rien…sauf quelques infos. Par contre la vraie salle des profs, celle où tout le monde se retrouve aux récrés, cette salle là est couverte d’infos pour les élections de délégués des élèves, pour la date des conseils de classe, pour rappeler aux enseignants de bien remplir les cahiers de texte… J’ai juste eu le temps de prévenir quelques uns des copains, histoire qu’ils appellent tout le monde et que l’on constitue une liste in extremis.

 

C’est cool le jeudi. Mes petits CAP sont vraiment extras. J’aime la tranquillité qui règne dans mon cours, entrecoupée parfois de remarques et de rires complices et bon enfant. Un bonheur ces élèves ! Enfin, là, quand même, c’est le bordel. Ca hurle, ça crie, les chaises choient. La classe à côté est victime d’un raz de marée, d’un cyclone tropical. La voix de la prof couvre le tout, tant bien que mal. Bon. Tant qu’elle crie, c’est que ses élèves ne l’ont pas tuée. C’est bon signe. Pis j’aime pas intervenir dans la classe des collègues. C’est le meilleur moyen de les décrédibiliser auprès de leurs élèves. Donc j’évite. Sauf appel au secours, je n’interviens pas. Mais bon, au bout d’un moment, je n’arrive même plus à entendre le chuintement des stylos de mes petits sur les feuilles. On peut plus travailler, bordel. Je vais donc voir.

J’arrive dans un champ de bataille. J’ai à peine le temps de franchir la distance entre le fond de la salle, d’où je viens, et la porte qui donne vers l’extérieur de la salle de ma collègue, que deux de ses monstres sont entrées dans MA salle. Voir MES petits chéris. Rappel à l’ordre. Coup de gueule, sortie du fouet, talons aiguille aiguisés. Les zouaves reviennent vers leurs places, en profitent pour balancer deux ou trois chaises au passage. Bon. Ben c’est plus de mon ressort. Ma collègue tente désespérément d’éviter à ses élèves de sortir de la salle, et à leurs copains qui n’ont rien à y faire d’y entrer. J’envoie un des miens chercher la police les surveillants, et je retourne bosser.

 

C’est cool le jeudi. Je finis tranquillement. J’ai le temps d’aller chercher mes gamins à l’école. D’aller regarder mes mails tranquillement. Et de lire le mail de mon binôme. Elle m’avait demandé de lui envoyer un cours que j’avais fait avec les secondes CAP, histoire de pouvoir s’appuyer dessus pour faire la suite dans son cours. Travail en commun, progression croisée* et tout le tintouin. Je lui ai envoyé les cours que j’avais faits. Pas ce qu’elle pensait. J’avais en effet envisagé un moment de faire une situation réelle, d’utiliser certains acteurs du lycée pour faire travailler les mômes. J’ai pas eu le temps. Ma belle idée est restée lettre morte. Et son mail est tombé sur ma fin de journée comme une gifle sur la joue d’un gosse qui n’a pas fait ses devoirs. Avec mes journées super cools, comme mes jeudis, je n’ai plus le temps de chiader mes cours ; je fais des cours de merde qui apprennent certes l’essentiel aux gamins, mais cours de merde quand même.

 

C’est déprimant le jeudi.

*
Progression croisée où comment demander à plusieurs profs de savoir non seulement ce qu'ils vont faire tel jour à telle heure dans 6 mois, mais en plus savoir ce que font leurs collègues histoire que les gamins pensent que tout le monde se concerte et tout le monde n'a que ça à foutre. 

Par BBK.mel
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Mardi 29 septembre 2009

- Euh, bonjour…

- Salut.

Celui qui me répond est affalé sur le fauteuil, dans le bocal des CPEs. Jamais vu auparavant.

- Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

- Je voulais juste savoir ce que mes zouaves faisaient en perm pendant la récré.

Mes élèves de 3DP sont en effet privés de récré et m’ont appelée dès qu’ils m’ont vu passer la porte, histoire de pleurer à l’injustice. Je me renseigne donc.

L’affalé m’explique que boh, c’est rien, ils ont un peu fait de bruit en perm donc ils sont privés de récré, rien de grave, on va pas s’affoler pour ça. Pas plus d’ailleurs que pour la plainte d’un de leur prof qui râlait parce qu’ils avaient foutu le souk dans sa classe et qu’ils s’étaient barrés sans vouloir ranger quoi que ce soit.  

Nous discutons donc quelques minutes de l’attitude de mes gamins (mon côté mère-poule qui ressort). L’affalé balaie toute suggestion de reprise ferme de la classe d’un revers de main. Une angoisse m’envahit.

- Euh, si j’ai bien compris, tu es le nouveau CPE, celui de l’annonce.

- Ouais. Mais bon, t’affole pas, hein. Je ne suis là que pour une semaine, j’ai déjà trouvé un poste ailleurs.

 

Le pire, c’est que je ne sais pas si la nouvelle doit me rassurer. Bah, on va dire qu'il ne correspondait pas à tous les critères de l'annonce. Il ne savait pas faire de full contact…

Par BBK.mel
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Vendredi 18 septembre 2009

 

Il était prévu d’emmener les deux classes de troisième découverte pro faire de l’accro-branche et de la course d’orientation. Nous avions trouvé un site pas trop loin du bahut, via Internet. L’un s’était chargé de contacter l’accro-branche, l’autre le bus, le troisième de présenter le dossier à l’administration. Cette sortie s’inscrivait dans le cadre de la rentrée spéciale des troisièmes. Elle avait plusieurs objectifs :

 

 

Permettre l’intégration des élèves dans les classes. Pas de souci. Dès la descente du bus, on leur demande de faire deux groupes, pour pouvoir alterner les deux activités prévues. Les deux groupes se sont formés spontanément : d’un côté Les Caïds, de l’autre Les Mignons. Toutes les classes mélangées. Si ça, c’est pas de l’intégration !

 

Fédérer les équipes pédagogiques. Bon, les équipes pédagogiques étaient réduites à 5 personnes. Difficile de faire annuler les cours de 15 profs pour aller faire les zouaves dans les arbres. Ceci dit, les cinq enseignants présents se sont particulièrement bien fédérés entre eux : nous nous sommes retrouvés seuls, sans quasiment aucun encadrement du centre, à gérer les mômes. Heureusement qu’il y avait parmi nous deux profs de baballe qui connaissaient l’accro-branche et qui pouvaient aider les gamins. Ils ont briefé tous les profs, et nous avons fait office de moniteurs d’accro-branche pendant toute la journée. Les équipes se sont aussi particulièrement bien fédérées pour gérer les emmerdes.

- « Allô, prof de baballe n°1 ? Ici BBK. Kevin a encore déconné sur le parcours rouge. Il arrive vers toi. 

- OK, je le descends à la prochaine plateforme. 

- Ca marche. Tu le gardes avec toi, je vous rejoins.

- Roger. »

 

Développer la communication entre élèves et enseignants. Surtout de mon côté…

-« Bande de petits crasseux, vous avez intérêt à m’écouter attentivement ! Vous avez trente secondes pour ranger tous les papiers et emballages que vous avez laissés trainer par terre, pour virer toutes les pierres et les bouts de bois que vous avez balancés sur le parking. Et comme il y en a parmi vous qui se destinent à une carrière prometteuse de plombier, vous en profiterez pour retirer le rouleau de PQ entier que vous avez enfoncé dans la cuvette des toilettes et qui l’a faite déborder. Si dans trente secondes ce n’est pas fait, on reprend le bus, on rentre au bahut, et je vous garde en perm jusqu’à 18H. Avec le fouet. EXECUTION ! »

 

Participer au développement sportif et à l’autonomie des élèves. Là, ils en ont bavé ! Trois heures d’accro-branche perchés à 10 mètres pour un parcours, 15 mètres pour l’autre. Et pas des parcours de pacholettes, siouplait. Des parcours bien durs, bien costauds. Ils faisaient moins les malins, les minots ! Surtout Les Caïds, que l’on avait faits commencer par l’accro-branche, histoire de les calmer. Et là, les petits rigolos qui roulaient des mécaniques deux minutes auparavant, pleuraient leur mère ! Bon, évidemment, il y a toujours Kevin qui a voulu faire le mariole : et hop, sans les mousquetons. Hop, sans les mains pendant la descente en tyrolienne. Et hop, je te descends des arbres en cours de parcours et tu restes avec la prof sans pouvoir faire mumuse avec les autres ! Il n’avait qu’à pas jouer avec la sécurité et avec mes nerfs, cet imbécile ! Quant à l’autonomie, ils ont eu l’occasion de l’exercer pendant la course d’orientation. Une carte, une vraie, une où il faut avoir fait l'X pour s’orienter, quelques balises à des kilomètres, en dehors du parc, en dehors de notre vue, et roule ma poule. Une consigne : ne jamais en laisser un tout seul. Une seule aide, le numéro de portable de la fille de l’accueil. Allons-y gaiement (et nous, pendant ce temps, on flippait comme des malades à savoir les gamins tous seuls sur les routes. Vu le tarif du truc, on pensait quand même qu’il y aurait un minimum d’encadrement). Ils ont du bien dormir le soir les mômes.

 

      

 

Bon, ceci dit, il y a eu d’excellents moments. Comme celui où l’un des Caïds, un petit, nerveux et baraqué, a fait les deux parcours costauds, tout seul, tranquille, comme un chef. Comme celui où le bavard de service s’est fait immortaliser en vidéo pendant une descente en tyrolienne, hurlant à plein poumons. Comme ces cris d’une plateforme à l’autre, pendant le parcours :  « Attention, pour le prochain passage, il faut que tu prennes d’abord la corde là. » Et le suivant de tenir compte de la remarque, puis de transmettre à celui derrière, qui fait passer l’info aux autres. Ces mômes arrivent à se taper dessus au lycée, mais là, au milieu des feuilles, des branches et des cordes, nos Tarzans en herbe ont fait preuve d’une solidarité infinie.

Des images qui resteront : celle d’une partie des caîds remontant la côte vers le bus, prenant toute la largeur du chemin, tous torse nu, en sueur d’avoir couru pendant trois heures, fiers comme Artaban de me montrer le papier qui prouvait qu’ils avaient trouvé les 6 balises de la course d’orientation. Ils seront grands vainqueurs, et de loin. Sene, aussi, qui monte sur la première plateforme du parcours moyen…et qui redescend immédiatement, morte de trouille « Madame, je veux pas, je peux pas ». Alors nous sommes parties, juste elle et moi, sur le parcours enfant, celui qui est à 1 mètre du sol. Elle sur les branches, moi en bas à l’encourager. Et elle l’a fait, en tremblant, en fermant les yeux plus souvent qu’elle n’aurait du. Et après, elle est allée sur celui qui lui avait foutu la trouille, et elle a réussi toutes les activités. Bel exemple d’une môme qui apprend à surmonter sa peur et qui prend confiance en elle.

L’image de Kadidja, aussi, peu motivée pour le parcours moyen. Comme Sene, elle a peur, mais ne veut pas rester toute seule. Alors elle suit ses copines et le fait, grinçant des dents, plissant son petit minois. Elle finit le parcours moyen. Alors, tranquillement, elle s’attaque au parcours à 10 mètres du sol.  Et dans la foulée, fera celui à 15 mètres. Elle avait un sourire radieux en revenant au bus.  Comme tant d’autres.

Alors, on oublie les quatre ou cinq petits merdeux qui n’ont pas su se tenir, on oublie qu’on n’a plus de jambes à force de courir d’un parcours à l’autre, qu’on n’a plus de voix à force d’avoir crié remontrances et encouragements et on se délecte des « merci, merci beaucoup, c’était trop cool ! » « Bravo les profs, c’était super comme journée ! » « Ouais, on s’est éclaté ! Merci ! » « Madame, vous nous montrerez les photos, hein ? »

 
Par BBK.mel
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Lundi 14 septembre 2009

Appelons-la Mel-C, car elle me fait penser aux Spices Girls, le glamour de Victoria Beckam en moins. Mel-C, c’est la demoiselle qui était là sans être là, tout en étant là. Celle qui n’était pas inscrite, mais qui trainait dans les couloirs.

J’avais prévenu tous les collègues, leur expliquant la situation. J’avais prévenu les CPEs, leur demandant de recevoir la donzelle avant toute entrée en cours (histoire aussi d’être couverte si jamais il y avait un souci avec elle ou d’autres).

Et ce matin, qui je vois trainer dans la cour ? Mel-C, tous les piercings au vent. Elle n’était pas venue en cours vendredi (alors qu’elle avait passée son jeudi au lycée), et la revoilà, fraiche comme une rose et toujours pas inscrite, dans la cour du bahut ce lundi. Attends ma cocotte, il faut qu’on cause toutes les deux. Un surveillant tope la demoiselle sous le préau, et nous voilà à papoter entre quatre yeux.

Objectif de la discussion : savoir ce qu’elle fout là alors qu’elle n’a pas d’inscription validée. Au fur et à mesure de l’échange, j’apprends qu’elle est là parce que « le directeur de l’autre bahut ne veut plus d’elle ». Dixit. Bon. Creusons un peu. Il apparait qu’elle est inscrite dans un collège de la ville, où elle a créé quelques embrouilles. Le principal l’a donc sermonnée. La demoiselle en a déduit qu’elle pouvait partir ailleurs. Elle est donc chez nous.

Sauf qu’elle est toujours inscrite dans l’établissement, à qui elle n’a fait aucune lettre de démission (et évidemment elle n’a pas 16 ans), et qui ne l’a pas virée suite à un conseil de discipline (autrement dit les deux seuls moyens de ne plus être inscrit dans un bahut).  Elle réalise donc à ce moment, que si elle ne se bouge pas le cul pour faire bouger les choses, elle sera absente d’un établissement, et non inscrite dans le notre. C’est à dire démissionnaire de fait, ou absentéiste.

- Ben qu’est-ce que je fais alors ?

Ben ma jolie, tu te remues les fesses, tu prends le bus, tu vas voir ta mère, tu récupères une lettre comme quoi tu souhaites changer d’établissement, tu reviens ici et tu demandes à t’inscrire. S’il reste de la place. Parce qu’entre le moment où j’ai commencé la discussion, et celle où elle a compris ce qu’il fallait faire, j’ai eu un nouvel élève qui est arrivé. Et qui a pris la place qu’elle croyait être sienne.

 

Je l’ai recroisée en fin d’après midi (et oui, elle passe sa vie au bahut !) : elle avait fait les démarches nécessaires. Enfin, c’est ce qu’elle dit, moi j’attends la confirmation de l’administration. Donc théoriquement, elle devrait intégrer le lycée prochainement. Allez, petite anecdote : elle qui voulait changer de groupe risque de changer de classe ; si tout va bien, c’est mon collègue de l’autre troisième qui devrait la récupérer. Avec ce genre de donzelle, qui se croit chez elle et tout permis avant même son arrivée, qui me dit que si elle est dans un groupe où elle ne connait personne il va y avoir embrouille, ma notion du service public s’arrête aux 23 autres élèves que j’ai dans ma classe…

Par BBK.mel
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Vendredi 11 septembre 2009

Ils ont des jeux d’enfer les élèves de lycée pro. Ils font sauter des pétards pendant les heures de récréation. Bon, comme ils ne sont pas totalement fous, ils ne s’amusent pas à le faire dans la cour. Mais par contre, ils se lâchent devant les grilles du lycée. Aux heures de pause, évidemment, sinon ce n’est pas drôle. Il faut dire qu’il fait beau, que tout le monde est dehors, tout le monde en profite. Pis c’est sympa les pétards, ça donne un petit côté fiesta, 14 juillet en septembre, fête indiennes (les jours de fête, en Inde, on fait sauter des pétards partout, ça chasse les mauvais esprits).

Donc, nos Schtroumpfs du lycée se sont amusés à faire exploser des pétards. Juste au moment où les élèves et les profs franchissaient l’étroit goulot qui sert de porte à la grille du lycée. Juste au milieu du troupeau. Résultats des courses ;

  • Un gamin aux urgences
  • Deux gamines chez le médecin avec des caillots de sang qui se sont formés au niveau des tympans
  • Une prof avec des acouphènes pendant une demie heure et qui du coup n’entendait pas les bavardages de ses élèves (qui se demandaient pourquoi elle tenait sa main sur son oreille tout en les baratinant).

Les  pions, ces empêcheurs de tourner en rond, ont voulu châtier l’impudent qui s’était ainsi innocemment amusé. Heureusement, un « Sur ma mère, si tu me fais chier je te crève ta race, je te pète ta gueule de connasse » a remis les choses à leur place. Non mais, quoi ! Ils sont casse-pieds ces surveillants qui  ne veulent pas que les gamins expriment leur allégresse d’être revenus au lycée !

 

Au fait, pourquoi Beethoven ? Quelle question ! Nous étions tous sourds après cet épisode !

Par BBK.mel
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