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Jeudi 8 mai 2008

Lorsque j'ai passé mon concours pour être prof de lycée pro, j'avais derrière moi 12 ans de vie professionnelle en tant que consultante formatrice en entreprise, doublée d'un lourd passif de PAST, autrement dit maitre de conférences à temps partiel. Pour traduire tout ça pour les néophytes, cela veut dire que j’étais une professionnelle (euh, pas de commentaires salaces, là bas dans le coin !!) rattachée à l’université et appointée par la fac. L’art et la manière de s’attacher des gens venus du monde professionnel en les contractualisant et les mensualisant.


J’adorais le principe de la double compétence : j’apportais mes connaissances professionnelles et ma compétence terrain à des universitaires, et je m’obligeais à théoriser mes actions, les remettre dans un cadre plus académique, plus structuré, ce qui me donnait une crédibilité parmi mes entreprises clientes. A cela s’ajoutait le fait que les émoluments n’étaient pas à dédaigner, loin de là, de même que le prestige qui découlait de mon statut de maitre de conférences (maitre de conf pour les intimes !). Bref, la belle vie. Pendant 12 ans. A 70 heures de boulot par semaine. Dans toute la France. A un moment, dans une même semaine je faisais Reims, Meaux, Saint Denis, Creil, Tours, et la semaine suivante, je faisais la même chose en remplaçant Tours par Neuvic d’Ussel (vous ne savez pas où c’est ? C’est normal ! C’est sur la fesse gauche, juste à côté du trou du … enfin, vous savez quoi ! ) (Pardon  Alain Maigne de dénigrer votre chère Corrèze) ! Parfois, je faisais des excursions vers Revel, Lunel, Pontivy, Quimper, Hochfelden… On visite la France comme cela ! Mais j’aimais parcourir tous les trous paumés d’un côté et retrouver mes 150 élèves en amphi ensuite ! Contraste saisissant. Raccourci brutal et vivifiant.


Le problème avec mon poste de maitre de conférences à temps partiel, c’est qu’il était lié au fait que j’étais salariée en entreprise. Impossible pour un chômeur, même à Bac + 28 d’imaginer faire mon boulot : nan, nan, il lui aurait fallu d’abord être salarié à temps plein dans une société quelconque. Impossible aussi pour quelqu’un à mi-temps de faire un autre mi-temps comme maitre de conf à temps partiel : il fallait absolument un temps plein (il faut justifier de 1000 heures pas an de travail ou 334 heures pour un formateur). C’est la même chose pour faire des vacations en fac. Tout cela bien sûr en justifiant des diplômes nécessaires. Inutile de penser qu’avec un BEP on peut enseigner à des Bac + 4. Que nenni. Vous allez me dire, salarié à plein temps dans une boite, comment faire pour caler un mi-temps en plus dans son agenda overbooké ? Précisons qu’un mi-temps de maitre de conférences correspond à 96 heures par an… (Un temps complet de maitre de conf équivaut à 192 heures, un agrégé en poste en fac fera 384 heures par an. Avant de crier à l’imposture, n’oubliez pas qu’un maitre de conférences passe plus de temps à faire de la recherche qu’à donner des cours. Les 192 heures ne correspondent qu’aux heures de cours !).


Deux enfants plus loin et pas mal de kilomètres parcourus, j’ai fini par trouver que l’enseignement me plaisait plus que la formation : il n’y avait pas la même logique commerciale et comptable dans l’enseignement (naïve que j’étais !). J’aimais faire passer les messages, alors que je détestais faire des courbettes devant mes clients (le client est roi, le client est roi…) pour des clopinettes. Impossible de rester dans le giron de l’université sans boulot à plein temps dans le privé. A moins de passer les concours. A l’IUT, ils voulaient que je reste. Ils ont cherché toutes les solutions possibles, y compris celle de monter une société réelle mais sans vraiment d’activité pour que je puisse continuer à avoir mon poste. Mais moi je ne sais pas mentir. Je voulais être payée pour ce que je faisais, et non pas essayer de gruger pour garder un poste que je ne pouvais conserver sans mentir ou m’épuiser sur la route. Donc j’ai passé tous les concours à portée de la main : CAPES, CAPET, CAPLP, et même celui de CPE (raté l’admissibilité de peu, 0,5 points !). Il me restait deux ans de contrat à l’IUT, j’avais le temps de me planter au concours la première année, j’y suis allée la fleur au fusil, sans vraiment réviser. Me suis ramassée lamentablement au CAPES et au CAPET (je n’ose même plus regarder les notes que j’y ai obtenues, tellement j’ai honte de mes performances !). J’ai eu le PLP. Juin 2006. Un tournant.


 

Suite au prochain épisode des aventures de BBK.mel, en plongée en apnée dans le monde de l'éducation nationale. Saura-t-elle garder son intégrité dans ce milieu de requins ? Vous saurez tout demain...

par BBK.mel publié dans : humeur
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