Journée citoyenne au lycée. L'idée est de faire participer tous les élèves à des ateliers qui se réfère de près ou de loin au thème général et très vaste de la citoyenneté. Chaque classe passe d’atelier en atelier selon un programme défini. Les activités proposées allaient du concours de slam à la rencontre avec des associations d’handicapés, la police, des assistants sociaux, la création d’affiche, des épreuves de sport. Le tout agrémenté d’une collecte de denrées pour la banque alimentaire. Les élèves ont commencé par râler. Normal, c’est de leur âge. Puis ils se sont dit que c’était quand même cool de louper une journée de cours. Les profs ont pensé la même chose. Surtout que ça me fait une journée sans le zoo et ça, c’est appréciable.
Chacun s’est trouvé à un poste. Les élèves par classe, les profs soit à accompagner une classe, soit à surveiller un atelier. Et moi, je me retrouve à avoir une classe que je ne connais pas. Jamais eu en cours. Parfois croisé certains dans les couloirs, mais pour le reste, inconnus au bataillon. Leur prof principale me tope dans le couloir
- « il faut que je te briefe sur la classe que tu vas suivre !
- Pourquoi, ce sont des fous furieux ? (impossible qu’ils soient pires que ma classe de zinzins, qui a été privée de participer à la fête pour cause de boulot à finir).
- Ben y en a certains qu’il faut surveiller de près.
Je soupire. C’est encore à moi qu’échouent les trucs pas cools. Si je me fie à la première réaction de cette prof, je vais me retrouver à faire la police pendant toute la journée. De toute manière, je préfère ça à mon zoo.
Mais je n’ai pas recroisé cette collègue et je n’ai donc pas pu faire le point avec elle. Après tout, ce n’est pas plus mal, au moins je n’aurai pas d’apriori sur eux. Le jour arrive et je récupère mes inconnus. Au programme, petit débat sur la violence, puis rencontre avec un policier du quartier pour parler de la délinquance, suivi d’un test sur les institutions françaises. L’après midi commençait avec la rencontre de l’association des mutilés de la voix (autrement dit les gens opérés de la gorge suite à un cancer lié à la cigarette). Puis une épreuve sportive. Ca promet, ça promet.
Le premier atelier a du mal à démarrer. Les élèves ne sont pas motivés. Ils ont du mal à se lancer. Il faut dire que rien n’était prêt lorsque nous sommes arrivés dans la salle et que nous avons poireauté un quart d’heure dans le couloir. Malgré tout, il y a quelques bonnes analyses qui ressortent de ça. Mes inconnus trainent des pieds jusqu’au prochain atelier. Pfffff, semblent-ils dire, si c’est comme ça toute la journée, on va s’emmerder ! A qui le dit tu, pense-je in peto.
Le flic qui nous accueille dans le deuxième atelier est en uniforme. Je crains toujours les rencontres avec la police dans le cadre du lycée ; certains jeunes ont parfois des casiers longs comme le Yang Tse kiang et une aversion certaine pour tout ce qui ressemble de près ou de loin avec la maréchaussée (je me rappelle une de mes gitanes qui faisait des bras d’honneur à tous les hommes en uniforme qu’elle rencontrait). Mais le bonhomme est jeune (il doit avoir mon âge^^), plutôt sympa, ne pratique pas trop la langue de bois. La mayonnaise prend. Les gamins posent des questions très intéressés et très poliment. Et l’officier répond simplement, sincèrement. Même lorsqu’un gamin lui demande « M’sieur, c’est quoi votre gun ? » « Mon quoi ? » « Votre gun… votre pistolet, quoi ! ». Un autre savait déjà et a donné toutes les caractéristiques avant même que le policier réponde. Même le flic était impressionné par les connaissances du gamin en la matière. A partir de ce moment, la classe s’est lâchée, dans le bon sens du terme. Et le reste de la journée a été un bonheur.
Nous avons couru après les points qui pouvaient nous permettre de remporter la première place, soutenu ceux qui faisaient une présentation orale de leurs travaux, applaudi la performance de l’une du groupe qui a fait le meilleur score féminin du lycée à l’épreuve sportive. Hurlé de joie lorsque le groupe d’à côté a abandonné la course et la victoire de l’épreuve. Rassemblé toute la menue monnaie des uns et des autres pour aller acheter des pâtes et du riz pour la banque alimentaire. Couru partout pour aller chercher les réponses au questionnaire. Souri chaque fois que l’on se croisait. Discuté âprement pendant la séance avec le mutilé de la voix sur les conséquences du tabagisme. Confronté les expériences des uns et des autres.
J’ai vécu une super journée parmi ces jeunes que je ne connaissais pas. Je les ai trouvé enthousiastes, chaleureux, vivants, agréables, solidaires. Au moment de partir, j’ai croisé l’un des élèves de mon zoo. Et je me suis réjouie d’autant plus de ne pas l’avoir eu en cours dans la journée !!
Es-tu certaine que les élèves de ta classe n'auraient pas été enthousiastes?
C'était peut-être le côté "ludique" de la journée qui a motivé les têtes blondes...
Je ne sais, pas, je ne suis pas prof.
C'est peut-être pour ça que je crois que tout le monde peut s'enthousiasmer pour ce qu'il comprend sans se prendre la tête.
Et il est plus facile de comprendre que le tabac est nocif que les différentes fonctions des tableurs ou les accords des participes.
Amitiés (*)
(*) je me penche et joins les mains pour te saluer, à la mode asiatique! ;)
Je suis sûre que mon zoo se serait éclaté à cette journée...sauf qu'ils ont déconné, pas fait un travail qu'ils devaient faire et donc nous nous sommes fait un malin plaisir, nous profs sadiques,
de leur faire louper cette journée. Tant pis pour eux ! Amitiés.