Le printemps, tout le monde vous le dira, c’est la saison des amours. Au bahut, les couples se forment dès les premiers rayons de soleil ; on s’alanguit un peu sur l’herbe et hop, malencontreusement on rencontre le genou du charmant jeune homme qu’on lorgne depuis quelques temps. Deux coups de langue plus tard, le couple est formé. Nous voyons donc nos ados se promener dans les rues deux par deux, nos ados savent bien ce que c’est qu’être heureux. Avantage de la situation, c’est que pendant qu’ils se regardent tous énamourés, ils ne pensent pas à faire des conneries.
L’autre point intéressant du printemps, c’est la tenue. Dans mon coin de France, on connaît plus les gros pulls et les manteaux que les petites robes légères. Alors dès que le temps semble virer au beau, les filles virent les collants, les doudounes, les cols roulés. Vive les petits débardeurs, les jupes en toile, les sandales. Enfin, ça, c’est pour les plus courageuses. Les autres, elles ne s’y risquent pas ! Nous croisons donc celles qui s’habillent léger pour appeler l’été à côté de celles qui n’ont pas encore remisé les collants et les grandes bottes. Il y a celle qui bronzent au soleil et celles qui suent en se disant qu’elles auraient mieux fait de s’épiler ce matin pour pouvoir sortir leur gambettes à l’air et profiter de l’air du temps. Et dès que la pluie revient (et oui, chez nous le soleil ne dure pas longtemps !), les miss été se pèlent et font peau de poulet pendant que les miss hiver les narguent et remontent leur col roulé. En classe, il y a donc le clan de celles qui veulent que l’on mette le chauffage et le clan de celles qui veulent ouvrir les fenêtres parce qu’il fait trop chaud !
Le printemps c’est aussi la saison où l’on ressent le plus l’appel du dehors. C’est la période des sorties scolaires, des révisions d’examen. Bref, les moments où on essaie de tout faire pour ne pas faire cours. De toute manière, les élèves ne suivent plus. Une fois Pâques passé, pour eux c’est la fin de l’année. Les épreuves de BEP sont début juin, les stages de première année aussi. On sent l’appel du large. Certains commencent déjà à dire : « on ne va pas travailler, Madame, c’est la fin de l’année ! ». Il reste encore un mois et demi, mais c’est un détail ! Ca traine de plus en plus pour rentrer en cours, ça lorgne par la fenêtre en soupirant, ça commence à ne plus venir que le matin, quand l’air est trop frais pour rester à squatter sur les bancs, ou trainer en ville.
Et puis même les profs n’ont plus envie de faire cours. On est plus cool, plus détendu. De toute manière, beaucoup de choses sont déjà jouées : ceux qui plafonnaient à 6 de moyenne ne vont pas faire des miracles et revenir à 18. Ceux qui avaient des notes honorables ne vont pas sombrer en quelques jours dans les tréfonds du classement. Donc pas d’affolement. On boucle le programme et on entame les révisions. Même les profs les plus coriaces commencent à enlever la cravate. C’est plus tranquille. Ca se sent dans la salle photocopieuse : il n’y a plus de file d’attente devant la machine. Pas bon pour moi ça : le petit réparateur ne va pas réapparaitre de sitôt !

Et puis, le printemps, c’est la saison ou les loups sortent du bois. Sauf Grand Méchant Loup. Il faudrait quand même qu’il se grouille à repasser me voir, parce que dans un mois, je n’aurais plus rien à lui présenter !