En Inde, la plupart des mariages sont arrangés. C'est-à-dire que ce sont les familles qui
choisissent le futur ou la future marié(e). C’est une chose qui a toujours intrigué la femme moderne que je suis nourrie au féminisme et à la libération de la femme. Je ne pouvais concevoir qu’on
ne se marie pas par amour. Je me demandais comment pouvait-on vivre avec un parfait inconnu.
Et puis, j’ai rencontré BeauFrère ainé et son épouse. Mariage arrangé par les
beaux-parents. Je crois que la première phrase que m’a dite BeauFrère Ainé, lorsque je l’ai rencontré, c’est : « tu sais, le jour de mon mariage, c’était la deuxième fois que je voyais
ma femme ». Comme entrée en matière, ce n’est pas évident. Que répondre à ça. Que je ne comprenais pas ? Que je n’avais pas culturellement les bases nécessaires pour intégrer des
données qui me dépassaient ? Et puis leur couple me paraissait si semblable à tous les couples, avec la même dose de tendresse, de complicité, bref, ce ciment qui fait que les gens arrivent
à vivre ensemble, que je ne voyais pas de différence.
Donc j’ai lu. Comme d’habitude, lorsque je ne comprends pas quelque chose, je me jette
dans les livres et je dévore. J’ai lu surtout des bouquins écrits par des indiennes (vieux réflexe féministe). L’Inde étant à la mode, on commence à en trouver beaucoup. Et l’autre jour, je suis
tombée sur celui-ci, Jours de Pluie à Madras, de Samina Ali. Et j’ai adoré. Alors, je vous fais partager.
C’est l’histoire d’un mariage
arrangé. Elle, Layla, est une indienne musulmane qui vit entre les Etats-Unis et Hyderabad en Inde. Sa famille est croyante, mais pas forcenée. Elle respecte donc les traditions indiennes et
musulmanes sans pour autant plonger dans le traditionalisme. C’est une famille quelque peu particulière, qui cache ses étrangetés sous couvert d’une normalité forcée. Le père de Layla, comme la
loi musulmane lui autorise, a souhaité prendre une deuxième épouse, la première n’ayant pu avoir qu’un enfant, et une fille qui plus est. Les lois américaines ne permettant pas la bigamie, il a
donc divorcé de sa première femme tout en continuant à l’entretenir. Layla vit donc avec sa mère, qui cherche du coup un bon mariage pour sa fille, pour pouvoir revenir à travers son enfant à
cette normalité perdue.
Les parents de Layla lui trouvent donc un beau jeune homme, Samir, musulman comme elle,
issu d’une famille beaucoup plus traditionaliste et croyante. Les fiançailles se font, et la famille de Layla repart aux USA pendant 6 mois, en attendant le mariage. Et ce qui devait arriver
arrive : la demoiselle ouvre sa porte et le reste à un Umrikan comme ils disent, un américain. Elle n’arrivera donc pas vierge au mariage, comble du déshonneur pour les deux familles !
Elle angoisse donc avant le mariage, pendant le mariage. Jusqu’à ce qu’elle se rende compte que Samir a tout compris, et que lui aussi cache son propre passé, à sa femme et à sa famille.
Pendant des jours et des jours, ils vont essayer de s’apprendre, de se comprendre. Ils
vont essayer de concilier la tradition, leurs envies, leurs démons, leur vécu. Chacun va se dévoiler, va essayer de creuser dans le passé et dans l’esprit de l’autre jusqu’à ne plus rien se
cacher.
L’histoire se déroule sur quelques mois, entre le mariage et leur lune de miel à Madras,
sur fond de religion, de tradition, et de conflit entre hindous et musulman. Vont se croiser là différents couples, la plupart issus de mariages arrangés, mais aussi certains de mariages d’amour.
Et finalement, on se dit que arrangé ou pas, la vie en couple est surtout la création d’une bulle de confiance entre les individus. Et que c’est cette bulle qui fait le couple, pas forcément la
manière dont le couple s’est créé. Bonne lecture.