Cantonales : a voté !
Deux élections pour le prix d'une : je peux retourner me coucher !
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Liste à la Prévert des petites tracasseries et des petites joies du quotidien de prof…
La prof n’aime pas :
La prof aime :
Cet article est inspiré par les rubriques "la maîtresse aime" et "la maîtresse n'aime pas" de Jack dans "Danger école" , rubriques illustrées par de supers dessins de Jack.
- Bénédicte, arrête de bavarder !
- J’ai rien dit Madame.
- Tu n’as rien dis mais tu as la bouche ouverte et des paroles en sortent. Donc arrête de bavarder ou je te change de place.
Cinq minutes plus tard…
- Bénédicte, change de place !
- Ah non, Madame, on fait rien de mal, c’est toujours moi qui prend…
S’ensuit une longue litanie d’innocente bafouée, ou de demie coupable de bavardage, au choix, et un refus net et précis de changer de place. La demoiselle me défie. Je lui explique qu’elle n’a pas le choix, que dans cette classe elle n’est pas en démocratie, et que si je lui demande de changer de place, elle obéit. Sans discussion. Refus.
- Bénédicte, je t’aime bien Bénédicte, et si je te laisse là, tu vas continuer à bavarder, et je vais devoir me fâcher. Et je n’ai pas envie de me fâcher contre toi.
Tout cela dit avec un grand sourire comme je sais les faire. Alors ma gamine se met à sourire, se lève et je l’entends dire, tandis qu’elle change de place « et elle ne se met même pas en colère ». Ben non, je ne me mets pas en colère. Déjà parce que ça arrive rarement, ensuite parce que ça ne sert à rien, sauf à faire perdre la crédibilité de celui qui s’énerve et enfin parce qu’elle n’attend que ça. Pour aller à la confrontation. Parce que cette gosse fonctionne dans un schéma d’opposition.
C’est une petite souris, Bénédicte. Une souris replète, pépette, toujours maquillée, soignée, bien habillée. Toujours le petit sac sur le bras, le manteau boutonné avec la ceinture ajustée (y compris en cours. Pourquoi se débarrasser du manteau alors que dans 50 minutes elle va le remettre), la mèche savamment posée devant l’œil. Jamais ses affaires en classe. Sac trop petit. J’ai bataillé 5 mois pour obtenir qu’elle ramène ses livres au lycée où ils sont stockés. Mais au moins elle les a lorsqu’elle en a besoin. Elle me les a amenés au compte goutte…mais ils sont là ! Ouf.
De toute façon, pour ce qu’elle s’en sert, de ses bouquins… Elle passe son temps à bavarder. De temps en temps à dormir. C’est les médicaments qui font ça. Parce que la demoiselle ne va pas bien. A son sourire, personne ne s’en serait rendu compte si la maman ne nous l’avait pas dit. Mais c’est une gamine au bord du gouffre. Rupture de dialogue avec ses parents. Rupture de dialogue avec une partie des enseignants qui gèrent 34 individus dans une classe et pas seulement une Bénédicte. Tentative de suicide il y a quelques mois, avant son arrivée au lycée. Suivie depuis quelques années par un psy (-chiatre, -chologue, -chanalyste, comme vous voulez !). Inscrite dans les tablettes de l’infirmière et de la CPE.
Et pourtant, elle parait solide. Elle a du répondant (parfois trop). Elle donne le change, tant en paroles qu’en attitude (sourire, tenue, tout va bien). Mais elle ne travaille pas. Sa moyenne commence à s’enfoncer dans les tréfonds du classement. Elle va pas tarder à toucher le fond. Dès qu’il y a le moindre calcul, elle refuse de faire le travail. Mais comme elle ne supporte pas le prof de français, elle lâche les lettres aussi. Et en matière pro, il y a à la fois des calculs et du français… Je me pose cinq minutes à côté d’elle en cours. Je lui prends un exemple tout bête. Elle comprend le calcul. Elle est toute fière.
- Tu vois que tu sais faire des calculs !
- Mais ça, c’est pas du calcul, c’est simple.
- Non, tout est simple. C’est toi qui crois que c’est compliqué et que tu ne vas pas y arriver.
Petite victoire. Ô combien ténue. Jusqu’à la prochaine fois. Jusqu’au jour où je ne
prendrais pas le temps de venir lui faire son explication perso. Le conseil de classe a décidé de sanctionner son attitude en cours. Elle a plusieurs rapports d’incident à son encontre, pour
incivisme, insolence, refus d’obéissance, oubli systématique de matériel. Elle risque la commission disciplinaire. J’ai l’impression qu’on lui maintenait artificiellement la tête hors de l’eau.
Je sens que je la perds. Je sens qu’elle s’enfonce de plus en plus. J’ai peur de ne pas pouvoir la rattraper.



