C'est qui ça ?

Les autres

Ils ne sont pas collègues, mais ils sont passionnants. Méfiez-vous, parmi eux se cachent des membres de la Grande Maison Educ Nat !
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Mercredi 19 mars 2008
Nous avons eu l'arrivée de trois nouveaux élèves dans la classe de seconde BEP en moins d'une semaine. L'un vient là suite à un déménagement, les deux autres arrivent du bahut voisin dont ils ont été exclus. Des anges, donc.

C'est toujours difficile d'intégrer de nouveaux élèves au mois de mars, à la fin du deuxième trimestre, voire début du troisième. On ne sait pas ce qu'ils ont fait comme partie de programme puisque l'on construit notre déroulement de cours à notre manière. On ne sait pas ce qu'ils ont fait comme CCF (contrôle en cours de formation : ce sont des devoirs qui comptent pour l'examen final, ou l'art et la manière de gagner du temps et de l'argent en décentralisant les épreuves dans les établissements). Pendant six mois chaque enseignant a essayé de construire un rythme de travail, une ambiance et les nouvelles arrivées perturbent toujours un peu ce rythme.

Il y a deux classes de seconde BEP de cette filière dans le lycée. Chose étonnante, tous les nouveaux arrivent chez nous, alors que nous avons grosso modo le même nombre d'élèves que l'autre classe. Il y a des questions que l'on ne devrait pas poser, pour ne pas entendre certaine réponse. Je n'aurais jamais du demander pourquoi nous ne partagions pas les nouvelles arrivées dans les deux classes de seconde BEP, histoire de répartir les difficultés. Ca m'aurait éviter d'entendre : "c'est pour éviter de polluer les bonnes classes".
Sympa pour l'équipe enseignante de la "mauvaise" classe polluable à souhait, équipe qui se démène pour construire des projets et aider les gamins !

pollution.jpg
par BBK.mel publié dans : humeur communauté : La communauté pédagogique
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Mardi 18 mars 2008
Mes élèves de terminale BEP sont rentrés de stage. Mon zoo du mardi est revenu. Suis vidée, fatiguée, crevée... Mais pourquoi les PFE (périodes de formation en entreprise) ne durent elles pas plus longtemps ?
par BBK.mel publié dans : humeur communauté : La communauté pédagogique
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Dimanche 16 mars 2008
J'avais cette chanson en tête depuis deux jours. Je ne retrouvais pas ce que c'était, ni le titre, ni l'auteur. Comme d'habitude, l'HommeDesBois s'est avéré être une discothèque ambulante : il m'a retrouvé le titre avant même que je finisse de fredonner l'air.

Et tout est revenu d'un coup, les images du clip qui passait en permanence à la télé quand j'étais môme. Petit plaisir !

par BBK.mel publié dans : Raaahhh !
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Samedi 15 mars 2008
peur-baillon.jpgJe me rends compte depuis quelques temps que je n'arrive plus à dire les choses. Je me rends compte depuis quelques temps que je tais beaucoup de choses. Certes, tout ne vous intéresse pas et je n'ai pas l'intention de trop en dire. Mais il y a certaines indignations que je ressens et que j'aimerais exprimer et qui ne sortent pas. Je me suis demandée pourquoi.
Il y a bien sûr une part d'intimité que je souhaite garder. Normal. Je trouve normal de travestir les noms des élèves, les situations, de transformer les lieux et les gens de manière à ce que personne ne puisse se reconnaitre. Et puis, ce qui est intéressant c'est le fond, pas de connaitre l'identité des gens. Mais malgré ces précautions, il y a de plus en plus de choses que je n'ose dire. Je parle de mon travail, de ma relation aux élèves, mais jamais de l'environnement, de mes collègues, de la direction. Vous allez arguer "devoir de réserve". Mais dire en cachant ce qui pourrait être gênant ou ce qui pourrait permettre d'identifier précisemment permet de contourner ce devoir de réserve. Et pourtant, je n'y arrive pas.

peur--quilibre.jpgJe ne suis pas très conformiste. Je suis plutôt du genre à m'insurger lorsqu'une situation est choquante. Et là, motus et bouche cousue. Pas mon style. Je suis plutôt version révolutionnaire, rentre dedans et tutti quanti (des réminiscences de ma période punk, peut-être ?). Je regarde autour de moi et je ne vois que des collègues qui me disent "tout va bien, c'est génial d'être ici, dans cette situation !" Mouais. Ca peut être cool, en effet, mais mes profs sont comme les agriculteurs et les commerçants : d'habitude ils ralent toujours ! Donc le tout il est beau, tout il est gentil, je n'y crois pas trop. Idem pour moi, d'ailleurs. Lorsque l'on me pose la question, je réponds que "tout va bien, c'est génial d'être ici...etc." Il y a un truc qui cloche. Je me rends compte que je mesure mes paroles, que je me contente d'un langage politiquement correct envers tout le monde, que je souris systématiquement l'air très cool. Yo brother, cool ! Et tous les autres cherchent en permanence cet équilibre, avoir l'air serein, tranquille, ne jamais critiquer, ne jamais attaquer de front. Quitte à ne plus parler à ceux qui s'étonne de cet état de fait. J'ai eu le malheur de poser deux ou trois questions sur des trucs qui me choquaient : depuis trois collègues ne m'adressent plus la parole. De peur que je les contamine avec mes questions insidieuses ? De peur qu'on les croie dans le camp des dubitatifs voire des insurgés ?

peur-boulet.jpgJe me rends compte finalement que c'est la peur qui guide tous ces gens. Non, pardon, c'est la peur qui NOUS guide tous, moi y compris. Peur de quoi ? De tout, de la direction, du système, de la hiérarchie, de ce que peuvent dire les collègues. Une peur diffuse, jamais exprimée clairement. En fait, nous sommes tous pétés de trouille ! Dingue ça. Ca m'arrive d'avoir peur, peur de me prendre un accident, peur de me planter, peur que mes élèves se plantent. Mais peur de mon environnement professionnel...c'est une notion inconnue jusque là. Et là je me retrouve entourée de gens au garde à vous, le petit doigt sur la couture du pantalon, près à dénoncer parents et enfants pour ne pas se retrouver dans le collimateur. Collimateur de qui ? On ne sait pas. Mais surtout ne pas faire de vague, ne pas se démarquer. Lacheté permanente, ambiante, dérangeante. Je me retrouve ainsi à partir au boulot avec mon boulet attaché au pied, avec mon carcan de contraintes à respecter, de mots à ne pas dire. Je déteste ça. Cela me laisse un goût de bile dans la bouche, une amerture désagréable.
Au final, l'endroit où je me trouve le mieux, c'est dans ma classe avec mes élèves. Au moins, avec eux, le discours est plus franc, plus direct. Même avec mes zouaves du mardi.


Allez, petit coup de gueule musical...juste pour le fait que le titre colle avec la sensation du moment...


par BBK.mel publié dans : Soyons sérieux
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Vendredi 14 mars 2008

Ballade avec Schtroumpfette dans notre librairie préférée. Pendant que la miss farfouille pour trouver un bouquin qui lui plait, je papote avec la vendeuse :

Elle : qu’est ce que tu lis en ce moment ?

Moi : rien de spécial. Pas le temps, pas envie, rien qui me passionne.

Elle : moi j’ai trouvé un bouquin dont je n’arrive pas à décrocher.  Je suis au milieu du troisième tome et c’est passionnant.

Elle a réussi à accrocher mon intérêt. Je lui fais confiance côté livre : on en a souvent parlé, je suis une cliente régulière de la boutique. Je ne me pose pas de question, j’achète le premier tome. Deux jours plus tard, je venais chercher les deux autres ! C’est comme cela que j’ai découvert la trilogie Millenium…

 

millenium-1.gifAu départ, ce sont des intrigues policières. Nous ne sommes pas dans la grande littérature, mais dans des livres sympas, prenants et intéressants. C’est tout ce que l’on demande aux livres, non ? Je ne vous raconterai pas les histoires, ça perdrait tout son charme. Moi, ce qui m’a fasciné, ce sont les personnages. L’héroïne de l’histoire est un petit bout de femme complètement à part. Imaginez une Fantômette qui défend la veuve et l’orpheline. Mais rien à voir avec la Fantômette que l’on connaît (celle du blog, comme celle des livres de Georges Chaulet). Là, nous parlons d’une Fantômette asociale, anorexique, version gothique hard-core avec piercings et tatouages, ayant une enfance bien chargée en termes de relations avec les hôpitaux psychiatriques, mais génie de l’informatique et spécialiste en recherches et enquêtes. En fait, un fin limier.

Elle n’est pas séduisante, l’héroïne. Elle a finalement beaucoup de choses pour déplaire. Elle ne parle que rarement, n’a pas d’humour du tout, ne comprend rien à la musique, a ses propres règles et sa propre morale qui sont parfois très différentes des lois et des coutumes, ne fait rien pour s’intégrer dans un monde, ne fait confiance à personne…Et pourtant, on se rend compte au fil des bouquins qu’on l’a un peu aidée à devenir sociopathe. Ce n’est plus un passé qu’elle a, mais un passif !millenium-2.gif

 

Mais si elle rencontre beaucoup de détracteurs, elle a aussi ses défenseurs. J’allais dire amis, mais c’est beaucoup pour quelqu’un d’asocial ! Parmi ses défenseurs, il y en a des improbables, comme Mickaël, journaliste économique et rédacteur en chef de la revue Millenium, beau parleur, homme à femmes, mais un peu bouledogue sur les bords lorsqu’il s’agit de mordre à une enquête et ne pas la lâcher. Forcément, entre êtres tenaces, on finit par s’entendre. Les deux zozos trouvent un terrain d’entente sur les terrains d’enquêtes !

 

millenium-3.gifLes trois livres se lisent d’une traite. Même si on peut séparer le premier des deux autres tomes, il y a une suite chronologique et des éléments du premier bouquin se retrouvent dans les deux autres. Le seul souci majeur que je trouve avec ces livres, ce sont les noms. L’auteur est suédois, le livre se passe en Suède. Et je n’ai aucune connaissance de la Suède. J’ai surtout un mal fou à lire et intégrer les noms ! Mais vous conviendrez que c’est un point de détail !

Ah, si, une petite chose tout de même : ne vous attendez pas à un livre policier lissé, politiquement correct ; certaines scènes sont parfois gores…Bonne lecture !

par BBK.mel publié dans : le coin lecture communauté : Mes livres préférés
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Jeudi 13 mars 2008
Il y a quelques temps de cela, BeauFrère Ainé a emmené une de ses collègues visiter l'Inde. Elle a adoré. Du coup, elle a fait un blog où elle raconte leur voyage. Alors si vous avez envie de voir de jolie photos comme celles-là, allez faire un tour par ici !


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pondikerala-2.jpg

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par BBK.mel publié dans : Indian style communauté : Ca et là
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Mercredi 12 mars 2008
Toujours dans les aberrations des fichiers... Nous discutons le cas d'une élève de troisième découverte professionnelle, qui a le profil d'une future élève de CAP mais qui ne suivra pas en bac pro 3 ans, puisqu'il n'y aura plus de BEP chez nous à la rentrée prochaine. Manque de pot, elle ne peut pas aller en CAP : le logiciel qui gère les orientations des élèves ne la considère pas comme prioritaire parce qu'elle ne vient pas de SEGPA. Elle est en 3ème découverte au lycée, elle demande un CAP dans le même lycée, nous sommes tous d'accord pour dire qu'elle irait très bien en CAP, mais elle ne peut pas. Le logiciel la renvoit en queue de liste. Donc, c'est un échec prévisible malheureusement en Bac Pro ou rien ! Quand je parlais de manque d'humanité des fichiers...

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par BBK.mel publié dans : Soyons sérieux communauté : La communauté pédagogique
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Mardi 11 mars 2008

Conseil d’école à la maternelle de Mini Schtroumpf. Le directeur passe les différents points de l’ordre du jour. Puis il fait une pause et nous dit « voilà, il faut que je vous parle du nouveau fichier qui va se mettre en place ».

Nous fonctionnons, nous parents d’élèves élus, comme des élèves. Pendant que le prof parle, nous papotons. Mais là, le silence se fait immédiatement. Moi, le mot « fichier » me file de l’urticaire. Et là, on associe Mini Schtroumpf à fichier ! Deux mots qui sont pour moi incompatibles !

 

Le principe de la base élèves premier degré est théoriquement de simplifier la gestion des classes et des écoles. Les directeurs sont donc obligés de remplir la base avec les noms des élèves de leur école. Mais ils entrent aussi des données qui jusqu’à présent restaient internes à l’école, entre autres les données concernant les difficultés scolaires, l’absentéisme, le RASED (réseau d’aide aux enfants en difficulté), la nationalité, le lieu de naissance.

Ca, c’est au niveau des élèves. Mais il y a aussi des éléments qui coincent au niveau des enseignants. En effet, les élèves seront inscrits par classe. Et impossible de mettre « classe 1 », « classe 2 »… il faudra inscrire « classe de madame Machin », « classe de monsieur Bidule », etc.

 

Sur le principe, je trouve bien que l’on veuille simplifier les contraintes administratives des responsables d’établissement. Mais les fichiers m’inquiètent. Parce qu’ils ont des tonnes de dérives possibles. Parce que dès que l’on me parle « fichier » je pense « Brazil » de Terry Gillian. Parce que les fichiers et le fichage ne permettent pas des ajustements humains à certaines situations. Que va-t-il se passer pour ces parents qui sont en pleine procédure de divorce et qui ne savent pas encore qui aura l’autorité parentale ? Et si un parent n’a pas l’autorité parentale, il n’a en théorie plus à être informé de ce qui se passe pour son gamin. Combien de directeurs envoient quand même les infos. Avec la base, ce n’est plus possible. Que faire pour les enfants en situation irrégulière ? Doit-on oublier la solidarité parce que cela ne rentre pas dans une machine ? Et puis, quelle simplification du travail pour les gens du ministère le jour où ils souhaitent supprimer une classe ! Il suffit de cliquer sur un bouton et on sait immédiatement quelle classe fermer ! Et les données humaines là dedans ?

Nous avons la chance d’avoir un directeur un brin conscient des choses, humain et militant. Il nous a donc informé le mieux possible, nous présentant les avantages que le système avait pour nous et pour lui, mais aussi les risques, les inconvénients et les désavantages, pour l’école, pour sa fonction, pour les enseignants, pour nous, parents. Combien de directeurs feront la démarche ? Combien d’enseignants se révolteront contre ? Combien de parents iront jusqu’au tribunal ?

 

La CNIL a agréé le système, à partir du moment où les parents peuvent avoir accès et un droit de rectification à toutes les informations contenues dans la base. Certains parents d’élèves ont porté plainte et essayer de stopper la mise en place du fichier. Leur action a été déboutée. Comment peut-on échapper au fichage quasi systématique ? Faut-il aller vivre au fin fond de la brousse pour avoir l’impression de ne plus être pisté ? Ne peut-on pas laisser nos gamins tranquilles, sans être étiqueté dès l’enfance ? Ils auront bien assez vite l’occasion d’être inscrit dans des dizaines de bases de données sans qu’on commence dès leur plus jeune âge !

 

http://nosenfantssontfiches.org/


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par BBK.mel publié dans : Soyons sérieux communauté : Paroles et rires d'enfants
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Lundi 10 mars 2008
Branle bas de combat dans la cour. Eclat de voix. Une flèche court vers le refuge du couloir des toilettes. Je vais voir ce qui se passe : l'alarme incendie vient de retentir, nos élèves sont censés descendre dans la cour et rester grouper en attendant que l'on trouve le connard qui a déclenché l'alarme que l'on repère d'où vient la sonnerie. Ils sont bien descendus dans la cour. Ils sont bien restés groupés un instant. Jusqu'aux éclats de voix et au départ de l'un d'eux vers le couloir.

Je vais voir ce qu'il en est et ramener la brebis égarée vers le reste du troupeau. Je tombe sur le Roméo de ma classe. En larmes. Ca fait drôle un grand dadais d'un mètre quatre vingt en larmes. Il ne peut pas rester là : interdit pendant les alertes incendie. Il me fait un signe de tête et rejoint les autres en silence, voûté.

Je sentais bien qu'il y avait de la tension dans l'air entre Roméo et Juliette, depuis quelques temps. Visiblement, elle a foutu Roméo dehors ! Ils sont tous remontés en cours à la fin de l'alerte. Manque de bol, ils sont côte à côte en cours. Pendant les 45 minutes restantes, j'ai eu deux statues figées l'une à côté de l'autre, qui ne se regardaient pas, ravalant leurs larmes. Nous avons réchappé à règlement de compte à OK Corral ! Ouf.

sentimentale-moi-3.jpg

Ca ne se passe pas toujours aussi bien. Nous avons vécu pas mal de drames intenses dans cette classe : de la demoiselle qui s'effondre en larmes au milieu du cours (au moins une par semaine, jamais la même, sinon ce ne serait pas drôle !), à celle qui s'assoit par terre et commence à raconter sa vie au milieu de ses sanglots, aux départs précipités vers les toilettes-l'infirmerie-la cour-le bureau de la CPE (rayer les mentions inutiles). Mais ça,encore, ce n'est rien. Les effondrés, on arrive à les gérer facilement : la plupart du temps, on leur propose d'aller faire un tour, direction
les toilettes-l'infirmerie-la cour-le bureau de la CPE (rayer...bon, vous savez ce qu'il faut faire maintenant !) et tout revient dans l'ordre. L'élève malheureux revient de lui même au bout de 3 minutes : sans spectateurs, le spectacle de l'amour malheureux n'offre que peu d'intérêt. Ils reviennent donc s'assoir, stoïques, figés, allégorie de la douleur, dans la salle de classe.

Non, ce qui est dur à gérer, ce sont ceux que j'appelle les Saint-Bernards. Bonnes âmes, ils se précipitent vers le malheureux, l'entourent, le cajolent. Et le prof reste là, avec ses feuilles à la main, le stylo à tableau blanc en l'air et l'air stupide. L'insensible ose rappeler ses ouailles à l'ordre, leur intimant d'aller s'assoir. S'élèvent alors les protestations outrées des assistants conjugaux de service "Mais Madame, Ginette va pas bien. Je peux l'emmener faire un tour ?" Si on accepte, on voit alors ladite Ginette se lever péniblement, soutenue par sa camarade, à la limite de l'évanouissement, tandis que l'infirmière momentanée lui prodigue moults mots récondortants. Et généralement, elles reviennent 5 minutes avant la sonnerie de fin, histoire de dire qu'elles ont assisté au cours. Mais qu'est-ce qu'un misérable cours face à la douleurs des amours contrariées ?

On accepte une seule fois de laisser partir une delaissée et sa béquille et le cours devient une succursale du bureau des pleurs. Donc, moi, BBK, horrible prof, méchante prof, je n'accepte pas. Je refuse que les miss pompiers qui volent au secours des malheureuses fassent leur office. Je leur ordonne de rester à leur place. La délaissée se retrouve donc seule à sa place, noyée dans ses larmes, ne regardant pas sa feuille, ne touchant pas son stylo. Lorsque le spectacle est trop bruyant, je l'envoie à l'infirmerie accompagnée d'un délégué (mais vue l'infirmière, personne n'a envie d'aller pleurer dans son giron !). Je suis un tyran !!


Rien de tout ça avec Roméo et Juliette. Elle s'est cachée derrière ses mèches de cheveux, se penchant sur sa feuille de cours pour ne pas avoir à parler. Lui, machoires contractées, n'a pas jeté un oeil vers elle, le regard en permanence mouillé de larmes, mais sans un mot. Il a seulement répondu à la question sur le cours que je lui posais, mais sans développer. Ni plus, ni moins. Juste assez pour que je lui foute la paix. Elle a bondi vers la sortie dès les premieres notes de la sonnerie. Il est parti presque en dernier. Au moment où il allait franchir la porte, je l'interpelle (c'est mon petit côté Colombo, je les appelle toujours au dernier moment) :
- Roméo ?
Il s'arrête.
- Ca va aller ?
Signe affirmatif de la tête, sans me regarder. Il va pour partir, s'apprête à franchir le seuil. Puis il se ravise. S'arrête à nouveau. Garde la tête baissée un moment. Puis finit par se tourner vers moi.
- Merci.
Et je traduis par "merci de ne pas avoir posé de question, merci de ne pas m'avoir emmerdé, merci d'avoir fait comme si tout allait bien, merci de m'avoir demandé si ça allait, merci de ne pas avoir laissé les autres m'envahir." Mais peut-être ai-je mal interprété. Peut-être est-il simplement poli. Je ne saurai jamais, il est déjà parti.

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par BBK.mel publié dans : au fil des jours
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Dimanche 9 mars 2008
Mon zoo du mardi est en stage ! Bonheur suprème. Tous leurs profs ont la banane. Discussion dans les couloirs "tu vas bien ?" "OUAIS !! Le zoo est en stage !" On se retrouve devant la photocopieuse pendant les heures de libres (celles où l'on aurait du avoir les zouaves !) à papoter, café à la main. A se raconter des vannes. A casser du sucre sur le dos de nos chères têtes blondes (brunes, rousses, décolorées, dégoulinantes de gel, franges savamment coupées...) qui sont en entreprise en ce moment. Bonheur intense.  Pour un peu, j'oublierai que j'ai d'autres classes et d'autres élèves ! Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé : 28 zouaves vous manquent et c'est grandes vacances à Bahut-City !

semi-vacances-3.jpg
par BBK.mel publié dans : au fil des jours communauté : La communauté pédagogique
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