J’avais lancé une idée à la con en me disant qu’on risquait de n’être que deux à se
déguiser. Au final, la moitié avait opté pour un vrai déguisement, un bon tiers a participé en mettant des perruques, des chapeaux, des colliers, en faisant un effort particulier. Reste quelques
uns, peu nombreux, qui n’ont jamais voulu jouer le jeu. En fait, la plupart n’a pas osé. Et lorsqu’ils ont vu que ça fonctionnait, ils se sont lancés. Même le pro a joué le jeu !
Au final, on a fini vers trois heures du mat. Et une fois que les coincés sont partis, les
plus cools s’éclatent. Allez, je vous laisse, je vais aller ranger la salle !
Les résultats sont tombés. C’est la cata parmi les petits chéris. Je reçois donc encore
plus de messages qu’hier, les uns joyeux, les autres non. D’autres m’appellent pour me demander comment ça va se passer pour eux l’année prochaine, en particulier lorsqu’ils ont foiré leur BEP.
Lorsque j’ai leur numéro de portable, je leur envoie un texto pour les féliciter ou les encourager pour la suite. Toujours mon côté mama juive
maman poule. Et puis, un message est arrivé tout à l’heure (retranscription telle quelle, fautes incluses).
Madame c Le Lama je vous remercie pour tous ce que vous avez fait pr moi, vous mavez
beaucoup aidé cette année… Lobtention de mn diplôme c en principe grace a vs ! merci madame bne vacance !
...j'attendrais toujours, non pas ton retour mais la p*** de publication des résultats du BEP. J'ai du avoir
28 messages vocaux ou texto de mes élèves aujourd'hui, du genre : "Mme S ke les résultat son aficher ?"
Toujours rien.
Le jury a pourtant eu lieu la semaine dernière.
Je crois que je flippe encore plus que mes Schtroumpfs !
L’asile de fous arrive à la fin de son stage. Dans quelques jours, les monstres seront
officiellement en vacances. Avec un peu de chance, certains iront voir ailleurs si nous y sommes. Manque de bol, nous en retrouverons quelques uns l’année prochaine. Il est l’heure de faire un
bilan de l’année écoulée.
33 élèves présents au départ sur les listes de classe.
1 élève arrivée de CAP au cours du premier trimestre.
1 élève arrivé de 1ère générale (mais comment a-t-il atterri chez nous ?
That is the question !)
1 élève arrivé suite à une exclusion de Lycée Concurrent.
Bilan : 36 élèves théoriques inscrits dans cette classe. Mais…
1 élève jamais vue en classe. Elle était inscrite sur les listes, elle n’est jamais
venue ou si peu que personne ne s’en souvient.
2 exclus au premier trimestre pour avoir mis tant de bordel dans la classe qu’elle a
mérité son surnom d’asile de fous.
1 élève démissionnaire parce qu’il se sentait harcelé.
4 démissionnaires de fait. Ce sont des élèves qui ont été là un jour, et qui ne viennent
plus le lendemain. Et un jour, la CPE prend son téléphone et demande aux familles soit une lettre de démission, soit elle leur envoie une radiation.
1 démissionnaire par obligation. C’était ça ou un conseil de discipline.
1 élève en cours de réorientation et intégré au processus MGI. En cours d’année, il
s’est aperçu que ce qu’il voulait faire c’était plomberie. Il n’y a pas dans notre établissement. Donc il ne venait plus qu’aux cours de matières générales. Je ne l’ai plus vu à partir de
mars.
1 disparu au troisième trimestre. Il n’est plus venu en cours. J’aurais pu le mettre
dans la catégorie des démissionnaires de fait, sauf qu’il a fait une réapparition à la fin d’un de mes cours (auquel il aurait du théoriquement assister), et ce pour me faire signer une
convention de stage. J’ai refusé. L’avait qu’à être là avant.
Bilan : 24 élèves présents réellement. Enfin, pas tout à fait. J’ai fait des cours en
classe entière avec 12 élèves.
Les 24 élèves se doivent d’aller en stage. Ils ont suivi les cours plus ou moins tout au
long de l’année, donc normalement, ils devraient aller en entreprise. Oui mais…
18 élèves seulement nous ont dit être en stage (nous en avons donc 6 dans la nature, qui
n’ont pas daigné chercher et encore moins trouver de lieu de stage). Sur ces 18 élèves, l’un a trouvé dans un domaine qui ne correspond pas du tout à la filière dans laquelle il était. Mais
bon, il est en stage, il y reste, tout va bien, on va pas chipoter !
1 élève (spécialiste de l’absence non justifiée et du retard systématique en cours)
n’est plus allé sur son lieu de stage au bout de 2 jours (j’ai bien écrit 2 JOURS).
1 élève s’est fait viré au bout d’une semaine…parce qu’il oubliait de se pointer en
entreprise.
1 élève a arrêté au bout de trois semaines parce qu’elle en avait marre. Elle voulait
une réorientation. Elle voulait que je la rappelle. Je n’ai pas rappelé. Fait chier. Elle n’a qu’à assumer un peu ses conneries. Elle nous avait tannés pour avoir CE lieu de stage et pas un
autre, alors qu’il ne correspondait pas vraiment aux lieux habituels. Elle a obtenu ce qu’elle voulait. Elle assume.
Bilan : il reste 15 élèves qui ont vraiment rempli les conditions nécessaires à un
passage en classe supérieure. Ah oui, petit détail, sur les 15 restants en lice, l’un n’a pas jugé bon de nous transmettre sa convention de stage. Il estimait que c’était la même que celle de la
dernière fois, qu’il n’y avait pas lieu de la refaire.
Nous nous retrouvons donc avec 15 élèves sur les 33 de départ à réellement correspondre à
un profil de poursuite de scolarité. La classe l’année prochaine est à 35 élèves. Je ne crois pas que nous trouvions 20 élèves à l’extérieur pour remplir la liste. Nous allons donc accepter des
élèves qui ne devraient pas être en classe supérieure normalement. Mais à part ça, tout va très bien, Madame la Marquise.
Ah oui, petit détail qui tue, pour compléter les stats nous avons
aussi :
3 tentatives de suicides dans cette classe en cours d’année scolaire
5 arrêts de scolarité momentanés dus à des cassages de gueule en règle,
2 comas éthyliques
Une dizaine de gamins que l’on a retrouvés bourrés en cours (ou défoncés), mais pas au
point de faire un coma.
Pot de départ de quelques collègues qui partent, en présence du pro adjoint et du chef de
travaux. Soudain, le téléphone de ce dernier sonne (c’est un homme très important, il a toujours plein de coups de fil). Il décroche, écoute, m’appelle et m’entraine à l’écart des
festivités.
- Tenez, Madame BBK, c’est au sujet de Bertine, dit-il en me tendant son portable.
Bertine, vous
vous rappelez, c’était ma demoiselle de 25 ans qui avait atterri dans ma classe de BEP, avec un contrat de formation continue. Bertine qui posait toujours des questions connes, qui
s’insurgeait contre l’attitude de ses camarades et qui m’appelait le soir pour donner les noms des perturbateurs. Bertine qui avait décidé qu’elle passerait en candidat libre et non en CCF, parce
que ça l’emmerdait de préparer ses fiches au fur et à mesure et qu’il était plus simple pour elle de réutiliser le dossier qu’elle avait déjà constitué quelques années auparavant. Bertine la
crétine, quoi.
A l’autre bout du fil, une dame du GRETA qui m’explique qu’elle a besoin de faire un bilan
de la formation de Bertine, afin de boucler le dossier auprès de la région. Elle a quelques questions à poser, allons-y.
- Alors Mme BBK, comment ça s’est passé avec Bertine ?
- (Moi, prudente) Euh, à quel niveau ?
- Au niveau de son attitude en cours, par exemple.
- Ah ! Là-dessus, pas grand-chose à dire, c’est une élève studieuse, qui écoutait
bien en cours, même si elle ne faisait pas toujours les exercices qu’on lui demandait.
- Une élève motivée, donc.
- Euh, je n’ai pas dit ça non plus. Elle parait studieuse, mais elle ne travaille pas
beaucoup. Ceci dit, ses résultats sont bons, donc je ne m’en plains pas.
- Je vois. Une bonne élève, studieuse et motivée.
- Euh, je…
- (Me coupant la parole) Et au niveau des stages en entreprises ?
- Et bien là, ça pêche largement plus. Elle n’a pas eu une tenue correcte en entreprise,
surtout lors de sa première PFE (période de formation en entreprise).
- Pourquoi, elle venait mal habillée, elle mâchait du chewing-gum ?
- Non. Elle avait une tenue tout à fait correcte, vestimentairement parlant. C’est plus au
niveau de son comportement. Elle avait une patronne très exigeante, dans une boutique haut de gamme ; elle se permettait de répondre à sa patronne, d’arriver en retard, de s’affaler sur un
siège dès que le client sortait de la boutique…
- Oui, je comprends. Le niveau d’exigence de sa patronne était un peu élevé, d’après ce
que j’ai compris.
- Non, il était normal pour une boutique de cet acabit.
- Enfin, ceci dit, elle n’a pas été virée de l’entreprise. Donc c’est qu’elle n’était pas
si mal, en fin de compte.
- Elle n’a pas été virée parce qu’elle n’avait que 15 jours de stage. Si elle avait du
faire un mois, sa patronne ne l’aurait pas gardée.
- D’accord, mais le deuxième stage s’est bien passé, celui-là ? Il est arrivé plus
tard, et j’avais un peu remis les points sur les i à Bertine entre temps.
- Il est vrai que son deuxième stage s’est mieux passé. Ceci dit, il faut relativiser,
elle était dans une boite de musique où elle est cliente habituellement, où les vendeurs n’ont aucune exigence quant aux stagiaires, où personne ne lui disait rien lorsqu’elle était absente,
mâchait du chewing-gum etc. Donc c’est sûr, pour elle s’était plus cool !
- Donc je marque que ses stages se sont relativement bien passés, en particulier le
deuxième.
- Vous marquez ce que vous souhaitez, vu la manière dont vous tenez compte de mon
avis.
- Mais Mme BBK, votre avis est important.
- Je vois ça, en effet.
- D’un point de vu global, comment jugeriez-vous Bertine ?
- Bertine ? Elle est en complet décalage avec les réalités quotidiennes de la vie, au
niveau contraintes, finances, investissement personnel… (Là, le chef de travaux se retient d’exploser de rire ! Il a compris que j’allais dire « Crétine » à la place de
Bertine)
- Oh, elle est jeune. Nous, à nos âges, on ne se souvient plus, mais nous étions aussi un
peu décalés.
- Euh non. Et elle a quand même 25 ans.
- Oui, mais les jeunes ils sont comme ça maintenant.
- A 25 ans ? C’est vous qui le dites. En tous cas, une chose est sûre.
- … ?
- Il n’y a pas que Bertine qui est en complet décalage avec la réalité.
J’attendais avec impatience la convocation officielle pour le jury de BEP, celui pour
lequel j’étais inscrite sur le tableau interne que personne n’avait fait. Pas de convocation. Le jour dit, 8H30, je
suis quand même allée voir au lycée si la convoc était arrivée. Il arrive parfois que les convocations arrivent tardivement, voire le jour même. Donc il n’était pas forcément vain d’aller fureter
pour savoir. Quetchi, que dalle, rien. Pas de convoc. Une journée tranquille à passer avec mon HommeDesBois rentré de ses pérégrinations la veille. Sauf qu’une chose me tarabuste. Je ne suis pas
convoquée, OK. Mais personne du lycée n’est convoqué. En fait, nous n’avons aucun représentant de notre établissement au jury.
Vous me direz, ce n’est pas une obligation d’avoir un représentant de chaque établissement
dans les jurys d’examen. Certes. Donc il est tout à fait normal qu’aucun d’entre nous n’y aille. Sauf que voilà, l’avantage d’être au jury c’est que nous avons les résultats.
Pas forcément complets, pas forcément exhaustifs, mais résultats quand même. Nous bossons toute l’année pour que les élèves réussissent leurs exams, nous sommes donc aussi
impatients qu’eux d’avoir les résultats. C’est un peu le jugement de notre travail.
Mais cette année, point de personnel du lycée au jury, donc point de manière de savoir les
résultats autre que celle des candidats. Et les candidats ne connaissent leurs résultats que s’ils se connectent à Internet. Tout d’abord le site de l’académie. Puis l’onglet examens. Tous les
résultats à l’examen. Et là on les renvoit sur un site payant, France Examen. J’avais déjà dénoncé le truc l’an
dernier. Mais l’an dernier, j’avais eu les résultats avant l’heure par une collègue qui était au jury. C’est comme cela que j’avais su que le Lama avait planté son diplôme. Mais cette année,
je n’ai aucun moyen de savoir. Et ce sont mes petits chéris qui passent leur BEP ! Alors il faut me connecter. Et je me retrouve sur le site payant. 3,80€ pour un
résultat. 4,90€ pour 5 résultats. J’ai 34 gugusses dont j’aimerais avoir le résultats. En enlevant les Cerise et autres démissionnaires de fait, j’en ai quand même 30 dont le sort me soucie. Et
je ne peux rien savoir à moins de patienter ou de payer.
Mon âme d’enseignante modèle (il faut bien se faire des fleurs de temps en temps), de
gauchiste, de maman, de citoyenne tout simplement, se révolte contre l’idée de devoir payer pour avoir des résultats. Ca me bouffe de savoir que parce que les académies ont un accord avec un
hébergeur, on retarde les affichages des résultats, histoire de laisser une société privée faire son beurre sur le net en attendant. Ca m’horripile !
Du coup, même si je déteste les passe-droits, même si l’idée de contourner la règle me
révulse (je sais, je suis une ancienne punk, ancienne anarchiste, et tout cela ne colle pas avec mon image !), je vais essayer d’avoir les résultats par tous les moyens. Et je les
transmettrai à mes élèves dès que je les aurais ! Parce que je trouve inadmissible qu’on laisse la primauté à une boite privée sur quelque chose qui est du domaine et du ressort
public.
Ca c'est un choc. Mickael Jackson est mort. C'est là où on se dit que 50 ans c'est jeune, soit dit en
passant. Qu'est-ce que j'ai pu me moquer de lui, qu'est-ce que j'ai pu me foutre de sa tête qui changeait tout le temps. Franchement, je ne pensais pas que l'annonce de sa mort me marquerait
autant. Oui mais voilà, il est quand même l'auteur de ça...
On a toujours tendance à comparer chez soi et chez les autres. Moi je compare Bahut Chéri à Lycée Concurrent, Air Chinasky, lui compare Airbiiiiiiiip à Central Entibiiiiiiip : deux
entreprises différentes, mais appartenant à la même structure E*DS. Et les économies que l’on réclame à corps et à cris à l’un ne se reflètent pas vraiment chez l’autre. Alors Power 8 peut-être, mais pas ici…